Bien cher ami,
Je vous ai écrit plusieurs fois. Mes lettres doivent s’égarer dans la correspondance de Mme Dumont ou [de] Mme Laforêt(1). J’ai écrit hier à Bichery. Tant que Paris n’aura rien promis, je ne puis le prendre. Allez voyager, et que Dieu bénisse vos efforts!
Les Beaufortins vous arriveront mardi matin, vous demanderont à dîner, iront coucher le soir à Arras(2). Tel est le dernier projet. Veuillez dire à Mgr de Ségur que j’ai fait faire des prières pour lui, dès que je l’ai su malade. Je vous défends au nom de l’obéissance de vous décourager pour les oeuvres. Savez-vous que l’évêque de Rennes a refusé d’autoriser les prières(3), parce que deux cardinaux lui ont dit que le P. Picard était un ambitieux, qui voulait être prélat; quant à vous, [vous] voulez être évêque.
L’évêque de Nîmes est sous le coup d’une prostration qui l’empêche de rien faire; ce n’est pas à propos de prières, mais à propos de tout que nous le constatons. Je lis, moi, votre Bulletin avec frénésie; je le prête(4), mais malheureusement mon indisposition m’a forcé à retarder les réunions d’hommes que je voulais faire. Aussi y a-t-il là un petit endormissement. Mais j’en reviens aux jeunes ouvriers. Tout cela n’est pas un mal. Faisons l’oeuvre de Dieu, le reste se fera de soi.
Parlez ferme au P. Joseph, qui a la fibre molle et qui a besoin d’être à son oeuvre. Le P. Emmanuel va le gronder de ne pas vous avoir prévenu(5). Si vous trouvez quelques vocations de prêtres, prenez-les. Allez-vous à Saint-Sulpice pour les oeuvres ouvrières(6)? Vous nous avez valu une vocation que je crois bonne, un jeune séminariste qui arrive avec 60.000 francs d’abord, puis 60.000 un peu plus tard. Enfin, à la garde de Dieu!
Adieu. Voilà ma troisième lettre à Paris depuis huit jours. Ce n’est pas mal pour un convalescent. Par exemple, je ne me relis pas. Totus tibi.

