Mes chers enfants,
Vous êtes charmants de m’écrire, comme vous le faites; seulement je voudrais un peu plus de détails sur votre vie. Etes-vous bien pieux? Faites-vous bien votre méditation? Travaillez-vous beaucoup? Faites-vous des progrès? La nouvelle maison s’élève-t-elle(1)? Le P. Pierre ne me dit rien. Je ne sais ni combien il y a de vaches, ni combien de lapins, ni combien d’élèves, ni combien de poules, ni combien de cochons. Le cheval se porte-t-il bien? La fontaine coule-t-elle(2)? La neige est-elle bien blanche? Les sapins poussent-ils? Tout cela m’intéresse énormément. Avec les sapins on fait des poutres, avec les vaches du lait, avec les lapins du civet, avec les élèves des alumnistes, avec les cochons du lard et du jambon. Tout cela est très important à savoir. Maintenant je vous engage à beaucoup étudier, pour arriver plus vite à ce que le bon Dieu attend de vous.
Je suis dans un alumnat, celui de Nice. Je n’y couche pas, parce que je suis malade, mais je vois les enfants sans cesse. Si vous êtes aussi gentils qu’eux, vous l’êtes joliment. Il n’y a parmi eux qu’un seul paresseux, et, s’il continue à l’être, il sera remercié. J’espère que cela ne vous arrivera pas.
Adieu, bien chers enfants. Bien tendrement à vous en Notre-Seigneur.

