Mon cher ami,
Je reçois votre petit mot. Vous aurez reçu demain matin une lettre de moi en renfermant une pour Chabaud-Latour(1). Wallon veut un évêque qui ait vécu avec les protestants. Je me rabats sur Mgr Legain, depuis vingt ans grand-vicaire de Montauban et depuis quatre ans évêque dans la même ville par la grâce de Jules Simon. Au fond, sauf quelques centaines de protestants honnêtes comme Chabaud-Latour et avec qui on s’entend toujours, (je l’ai prouvé), que sont les protestants du Gard que des rouges allant plus loin aujourd’hui que Laget(2) lui-même? Wallon ou Buffet veulent-ils que l’on mette la main dans la main de ces gens-là?
J’en reviens à Gervais, v[icai]re g[énér]al de Bordeaux. J’exclus Besson, dont j’apprends aujourd’hui même que le Pape ne veut pas(3). A quoi bon présenter un homme qui ne sera pas accepté par Rome? On me parle de l’abbé d’Hulst(4). Personnellement j’ai de l’attrait pour lui; mais, moi si raide, je le trouve trop raide. Il est profondément orléaniste, et il ne manquerait pas de gens pour le démolir chez les catholiques d’ici. Qu’on le réserve pour un pays, où les Orléans ont des sympathies. L’abbé Le Rebours est en question. Je suppose que, pour une foule de motifs(5), il ne voudra pas être si près de moi. Du reste, si on le nommait, j’ai en mains de quoi le faire écarter à Rome, et je l’empêcherai peut-être d’être évêque même ailleurs. Dans son intérêt, qu’il aille se faire pendre ailleurs. Je crois être sûr que M. Decazes donnera sa voix à M. Gervais.
Je veux que ma lettre parte ce soir; j’ai tout dit, je vous embrasse.

