Ma chère fille,
Dès votre lettre reçue, je vous ai hier envoyé un télégramme pour vous expliquer mon étonnement. Le P. Picard ne m’avait rien dit ou plutôt m’avait dit que le procès-verbal contenait ce qu’il avait rédigé. Il prétend qu’il en contenait la substance, ce que je ne trouve pas du tout.
Expliquons-nous bien. Pour l’autorité, vous savez si j’y tiens pour moi; il s’agit uniquement du principe. Vous avez vu que sur ce point le P. Picard est plus exigeant que je ne le suis.
Je ne sais plus de quel archevêché dépend Madrid. N’est-ce pas de Tolède(1)? Je ne sais pas, non plus, les formes à employer avec Canovas(2); mais ne vous y compromettez pas trop. Il vient d’arriver à Paris un Lazariste, M. Sistero, je lui ai donné l’hospitalité. Il a passé sept ans à Madrid, il vient d’en passer cinq à Barcelone. Vous pourriez prier M. Boré de vous l’envoyer; il parle mal français, mais on peut le comprendre. Il vous campera sur bien des choses. Son opinion est qu’Amédée(3) n’est pas là pour longtemps.
Encore une fois, l’affaire du Chapitre n’est pas entre vous et moi, mais j’ai vu trop bien les opposants pour ne pas désirer [agir] en toute prudence.
Une tuile m’est tombée ce matin sur la tête. Le P. Athanase, venu de Bulgarie pour ramener 2 prêtres et 6 religieuses, m’écrit de la Chartreuse qu’il se fait chartreux. J’ai écrit au général pour le demander au moins pour trois mois; après quoi, s’il le faut, je paierai son retour. Gardez cela pour vous seule et voyez-y seulement la première preuve qui me vient de ma disposition à tout vous dire. Le P. Picard, parti hier, ne s’en doute pas.
Tout vôtre en Notre-Seigneur.

