DERAEDT, Lettres, vol.11 , p. 523

17 dec 1876 Nîmes BAILLY_VINCENT de Paul aa

Une phrase incompréhensible – Varia – Faites le *Pèlerin* – Profond dégoût de moi mais invincible espérance d’un triomphe de l’Eglise – Pourquoi nous faisons peur.

Informations générales
  • DR11_523
  • 5788
  • DERAEDT, Lettres, vol.11 , p. 523
  • Orig.ms. ACR, AH 113; D'A., T.D. 28, n. 462, pp. 84-85.
Informations détaillées
  • 1 CONVERSION SPIRITUELLE
    1 DEGOUTS
    1 DEPARTS DE RELIGIEUX
    1 ENSEIGNEMENT DE LA PHILOSOPHIE SCOLASTIQUE
    1 NOTRE-DAME DE SALUT
    1 PELERINAGES
    1 TRIOMPHE DE L'EGLISE
    2 BAILLY, EMMANUEL
    2 CHAMBOURDON, FRANCOIS
    2 DULONG DE ROSNAY, JOSEPH
    2 DUMAZER, ALEXIS
    2 GERMINY, EUGENE DE
    2 JEROME, SAINT
    2 PICARD, FRANCOIS
    2 SAMSON, BIBLE
  • AU PERE VINCENT DE PAUL BAILLY
  • BAILLY_VINCENT de Paul aa
  • Nîmes, le 17 décembre 1876.
  • 17 dec 1876
  • Nîmes
  • Evêché|de Nîmes
La lettre

Cher ami,

Mon esprit baisse, je vous en fais l’humiliant aveu. J’ai lu, relu, commenté cette phrase que je reçois de vous ce matin: Je dis au P. Emm[anuel] ce qu’il a fait certainement par P. François. Après avoir médité fortement et n’avoir pas compris davantage, j’ai fait venir P. Emmanuel. Il a lu, n’a pas plus compris que moi, il n’a rien reçu sur le Pèlerin, ni sur P. François. Seriez-vous assez bon pour donner le mot de l’hiéroglyphe? Plus vieux, je ne comprends plus; plus jeune, P. Emmanuel ne comprend pas encore(1). Quid inde?

Quant au P. Dulong de Rosnay, je crois bon nombre de Maristes très heureux de son départ. Hélas! hélas! Et pour Germiny, c’est déplorable(2). Que faire? La première fois que je vis sa bosse, je dis: c’est un poitrinaire, ça n’ira pas loin. Hélas! si ça avait été court! Quel bonheur pour lui et pour nous! Du reste, je lisais hier dans saint Jérôme que de son temps c’était pire. Fichue consolation!

Que vous dire du Pèlerin? Faites-le. Je vous donnerai quelques comptes rendus d’ouvrages, voilà ce que je puis. Mais P. Emmanuel n’a pas reçu vos communications; il y a trois semaines qu’il n’a un mot de vous. Mais après avoir mis sur la couverture: Organe du comité des pèlerinages, ajoutez: et de celui de N.-D. de Salut(3).

Hélas! oui, j’ai 42 ans de sous-diaconat et bientôt de sacerdoce. Priez pour que je me convertisse au moins cette année. Je ne sors presque pas. Je cours après le repos et l’étude de la philosophie scolastique qui me ravit tous les jours davantage. Je suis profondément dégoûté de moi, mais je conserve l’invincible espérance d’un triomphe de l’Eglise. Vous me dites: Si nous faisons tant peur, c’est que sans doute nous sommes quelque chose. Peut-être ne faisons-nous peur que parce que nous avons mauvais caractère; voilà ce que je me dis tous les jours. J’aurais horreur d’être quelque chose, sinon une mâchoire d’âne entre les mains du vrai Samson.

Adieu, et tout vôtre en N.-S.

E.D'ALZON.
Notes et post-scriptum
1. Dans la lettre du P. Bailly du 15 décembre nous lisons plutôt *pour* que *par le P. François* (*il* étant le P. Dulong, dont le P. Bailly dira dans une lettre à Dumazer du 15 décembre, qu'il avait beaucoup poussé le P. François à se retirer). D'autre part, le 16, Vincent de Paul nous apprend qu'il n'a pas envoyé à son frère la lettre qu'il lui destinait. On comprend dès lors que le P. d'Alzon se trouvait devant une énigme.
2. Le comte de Germiny se trouvait mêlé à une affaire de moeurs qui fit scandale. Il s'exila en Amérique du Sud.
3. "Le *Pèlerin* ... organe officiel de N.-D. de Salut ... reste comme par le passé l'organe du Conseil Général des pèlerinages, mais il ne saurait se borner à ces deux oeuvres..." (éditorial du P. Picard dans le 1er numéro, 6 janvier 1877, du nouveau *Pèlerin*).