Mon cher ami,
Je reçois votre lettre avec le rapport sur le Fr. Thomas. Je vous laisse à voir si, sans entrer dans les mêmes détails sur Fr. Edouard et Fr. Michel, vous ne feriez pas bien de m’en parler, au moins dans les rapports sur l’état général de la Congrégation. Vous ne me répondez pas sur la date de l’envoi de la maison de Paris à la caisse générale. Je vous assure que je n’ai rien reçu. Vos envois se seraient-ils égarés?
Je suis très préoccupé du Pèlerin, dont j’augure bien. Si nous pouvions par une série de comptes-rendus d’ouvrages pieux donner une solide direction aux esprits chrétiens, ce serait une bien utile entreprise, et les fruits en seraient bien précieux. Peut-être me fais-je illusion.
J’admire Goudin, mais la coordination de Zigliara(1) me paraît supérieure, et les questions traitées plus applicables aux erreurs modernes. Zigliara procède moins peut-être par objections et réponses, mais aujourd’hui est-ce un si grand mal? Je vais ce soir à Saint-Gervasy fêter l’adoption de Malosse chez Madame de Forbin. Après avoir longtemps résisté, Malosse accepte mais sous conditions. Je lis les Jansénistes de M. Fuzet(2). Ce livre me semble capable de faire réfléchir sur ce que peut une volonté forte tournée vers le bien.
Adieu, cher ami, et tout à vous.
E.D’ALZON.
J’avais peut-être tort de dire que je n’ai rien reçu. J’ai reçu deux mille francs versés entre les mains de du Lac(3); mais jamais il ne m’était venu à l’idée que ce fut pour la caisse générale. Après le prêt de 89.000 [francs], qui devaient m’être remboursés après un certain temps avec intérêt et dont je n’ai jamais vu une obole, je croyais que ces deux mille francs étaient un intérêt assez faible de ce que j’abandonnais. Faut-il que je revienne sur ce que j’ai lâché un peu malgré moi?

