DERAEDT, Lettres, vol.12 p. 60

Une *cappa magna* – Le traitement des évêques – Les affaires du comte de Chambord – La réunion des évêques à Lyon – Mon impression sur la France.

DR12_060
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DERAEDT, Lettres, vol.12 p. 60
Orig.ms. ACR, AN 183; D’A., T.D. 39, n. 8, pp. 109-110.

Nîmes, le 12 mars 1877.
12 mar 1877
Nîmes
Evêché|de Nîmes

Très confidentiel

Bien aimé Père,

Un de vos séminaristes, si vous ne le pouvez vous-même, serait-il assez bon pour savoir le prix d’une cappa magna de chanoine? On vise au bon marché.

Veuillez dire à qui de droit que la manière dont Gambetta s’oppose à la diminution du traitement des évêques est une conséquence de son traité avec l’évêque de Gap et quelques autres ejusdem farinae. J’en avais parlé à Vannutelli(1). Les affaires du comte de Chambord prennent une tournure presque trop belle. Tous les Orléans, même Aumale, en sont; même le duc d’Aumale, que je croyais opposé, se rend, au moins s’il faut en croire M. de Larcy, à qui le fameux manifeste était d’abord adressé. La machine ouvrière en tout cela a été M. Rostan d’Ancézume, un saint qui a tout fait, et, par humilité, s’est tenu à l’arrière. M. de Larcy et M. Blanchard n’ont pas encore leur décoration(2).

Je vous dirai bien bas qu’à la réunion des évêques, à Lyon, le P. Marquigny s’est trouvé sous le poids des accusations les plus odieuses de la part de deux évêques, Grenoble et Valence, mais surtout Valence. La pointe gallicane a un peu apparu. Les chefs étaient Dijon, Autun, Valence(3). Il paraît que mon évêque a un peu faibli. Au dire de M. de Cabrières, Marseille a été très bien pour Guiol, sous la pression de l’archevêque d’Aix(4). Lyon a été absolument au-dessous de sa tâche. Le plus redoutable contre Rome serait Autun, parce qu’il est froid et ne dit que ce qu’il veut dire. Il m’est évident que chez ces gens-là il faut distinguer les discours et les actes, deux choses très différentes pour eux.

Si vous me demandez mon impression sur ce que je vois en France, je vous répondrai: « Au bas, déchaînement de tout ce qu’il y a de plus atroce; plus haut, dégoût et terreur; bon nombre de républicains modérés et d’impérialistes revenant au comte de Chambord; les Orléanistes mystifiés. Dieu veuille que les légitimistes aient le sens commun! On pourrait alors espérer ». Toutefois l’Union est, ces jours-ci, très raisonnable, et, d’après ce qui se passe à Nîmes, je croirais à un désir d’embrassement universel, presque au baiser Lamourette. Il y a des ordres dans ce sens.

Veuillez songer aux deux décorations Larcy et Blanchard et croire que je vous aime architendrement.

1. Evêque de Gap depuis 1867, Mgr Guilbert (1812-1889). Mgr Vincenzo Vannutelli est substitut du secrétaire d’Etat. 2. On ne tardera pas à apprendre que c’est chose faite (*Lettre* 5879). La *Semaine religieuse de Nîmes* du 25 mars précisera que le baron de Larcy a été fait Grand’Croix de l’Ordre de Saint-Grégoire le Grand, et M. Blanchard, maire de Nîmes, Commandeur du même Ordre. 3. Grenoble: Fava (1826-1899), depuis 1875; Dijon: Rivet (1796-1884), depuis 1838; Autun: Perraud (1828-1906), depuis 1874; Valence: Cotton (1825-1905), depuis 1875. 4. Sous la pression de Mgr Forcade, Mgr Place abandonne sa vieille animosité contre son vicaire général l’abbé Guiol, et ne s’oppose pas à sa nomination de recteur de l’Université catholique de Lyon.