Mon cher ami,
J’arrive de Lourdes, il y a deux heures; j’ai dit ma messe et je vous écris. On affirme quarante miracles(1), la Sainte Vierge ne nous abandonne pas. A certains moments, ils se succédaient avec une miraculeuse rapidité, ils ne donnaient pas le temps de respirer. Gloire à Dieu et à la Sainte Vierge! Vous pensez que j’ai prié et fait prier pour vous.
Achetez le terrain de mille francs(2). Le P. Picard pourra, s’il le veut, vous trouver des secours. Je n’en doute pas. Vous avez bien fait de prendre les soldats turcs et les femmes bulgares. Qui sait si les soins donnés à ces pauvres soldats ne seront pas une semence évangélique? Félicitez nos filles de leur charité(3). Evitez les mélanges. Ne craignez-vous pas que les femmes bulgares ne se mêlent aux nôtres? Faites-y attention. Croyez-moi, tenez ferme sur ce chapitre. Je croyais que vous deviez rester à Saint-Vincent et le P. Athanase au collège. Enfin, comme il vous plaira. Seulement je crains bien que ces changements perpétuels ne produisent le mauvais effet que l’on a déjà reproché. Je vais vous envoyer Père Ivan. Quant à de nouvelles religieuses, je n’en vois pas bien la nécessité. Savez-vous que l’on m’a dit que plusieurs perdaient leur temps? Que l’on se mette un peu plus à la besogne, et tout sera dit.
Cher ami, je voudrais bien prolonger ma lettre; la fatigue m’en empêche. J’ai passé la nuit et je ne suis plus jeune. Adieu, et bien à vous.
E.D’ALZON.
Hier, à Lourdes, j’ai dit la messe pour la conversion des schismatiques.

