Je ne puis vous dire, mon cher ami, quel regret j’ai de ne vous avoir pas encore répondu. J’étais à ce moment très écrasé, votre lettre a passé par mailles; mais c’est mon tort, je ne devais pas la laisser passer.
Que faites-vous sur vos pics neigeux? Si je n’étais pas si frileux, à la fin de janvier j’irais peut-être vous visiter. Savez-vous quand sera fait le chemin de fer jusqu’à Albertville? Vous devez passer dans votre solitude des moments un peu découragés; ne vous laissez pas aller à ces tentations. Elles doivent être d’autant plus fortes que vous faites une plus belle oeuvre, l’oeuvre capitale: vous formez des prêtres. Formez-les dans la plus grande ferveur. C’est à l’âge de ces enfants que leur caractère prend une direction bonne ou funeste, funeste même s’ils se font prêtres. Ne vous faites pas illusion là-dessus. Aussi je vous engage à avoir une très grande dévotion à saint Vincent de Paul, le réformateur du clergé de son époque. Je prie beaucoup pour vous et je vous conjure de songer à la belle couronne que vous recevrez, si vous avez préparé de saints prêtres.
Tout vôtre, cher ami, en Notre-Seigneur.

