DERAEDT, Lettres, vol.12 p. 291

Le Frère Thomas – Irai-je à Montpellier ? – Fusion de journaux à un sou.

Eh! bien, mon cher ami, si le Frère Thomas devient fou, il ne faut pas l’en empêcher, attendu que nous ne le pourrions pas. Que faire? Attendre très patiemment et prier pour lui du fond du coeur. Où peut-il être allé sans argent?

On voudrait absolument me retenir à Montpellier pour le 28, époque où le Comité catholique se réunira et où Chesnelong viendra parler. Je ne sais si je paraîtrai ou si je ne filerai pas sur Paris. Comment trouvez-vous Thiers, La Marmora, Raspail, Victor-Emmanuel précédant Pie IX dans l’autre monde? Cela me donne un peu d’inquiétude pour la santé du Pape, car enfin Dieu ne voudra pas faire filer en avant tous les ennemis de la papauté. Tout de même, c’est curieux. Dans tous les cas, tenez pour sûr que si Bismarck ne précède pas, il suivra de très près(1).

Nous venons de faire un coup d’état. Trois journaux à un sou se publiaient à Avignon, Nîmes et Montpellier. Avignon tirait à 6.000, Nîmes à 7.000, Montpellier à 9.000. Les trois journaux se fondent en un, et l’unique s’imprimera à Nîmes. Celui de Montpellier avait une nuance impérialiste; il accepte qu’à Nîmes on soit légitimiste modéré, à condition qu’on ne dise pas trop de mal de l’empire. Mais on sera avant tout conservateur, sur le terrain catholique. Le Comité se composera de neuf personnes: sept légitimistes, deux impérialistes(2). L’Union nationale, avec 3.000 abonnés, y viendra avant six mois. M. de Calvières, qui dînait hier avec nous chez l’évêque de Montpellier et qui, par lui ou ses amis, dépense 250.000 francs à l’Union nationale, acceptait les conditions.

Adieu, cher ami. Tout vôtre en N.-S.