Ma chère fille,
Je me permets de venir vous demander un service. Voici une note que je vous prie de faire copier pour la faire parvenir au roi, si c’est possible(1).
Le couvent des Dominicains de Barcelone possédait un manuscrit de saint Thomas d’Aquin, qu’on avait couvert de soie, parce que personne ne pouvait plus déchiffrer l’écriture tachygraphique du docteur angélique. En 1835, ce manuscrit disparut dans le pillage du couvent. Qu’est-il devenu? A-t-il été ravi par un voleur qui n’a pas eu conscience de son trésor? Ou bien, comme le corps de saint Raymond de Pennafort, a-t-il été porté chez les Dominicains de la même ville? Ou bien encore est-il conservé par quelque Frère convers? Cela a eu lieu en Italie pour plusieurs manuscrits de saint Thomas.
La tachygraphie de saint Thomas était perdue, mais elle a été retrouvée par un savant prêtre italien. Les Dominicains qui longtemps l’avaient repoussé, ont fini par en reconnaître la valeur. Pie IX l’avait attaché au Vatican, et il publie en ce moment, à la librairie de la Propagande, plusieurs volumes inédits de saint Thomas. Serait-il possible de faire faire des recherches, soit au couvent de Sainte-Catherine de Sienne, soit ailleurs, pour découvrir si ce précieux volume n’a pas été détruit? S’il vous était possible de faire quelque découverte sur ce sujet, vous rendriez un grand service à la science théologique et vous seriez très agréable à Léon XIII, qui a une dévotion spéciale pour saint Thomas.
J’espère vous voir dans un mois à Paris, et je ne veux pas vous parler aujourd’hui d’autre chose que de ce qui est la grande préoccupation de mon cher abbé Uccelli(2).
Tout vôtre en Notre-Seigneur.

