Bien cher ami,
Bonne année du fond du coeur ! Ne revenez pas sur le passé(2). Vous savez bien qu’il y a chez moi une intime affection pour vous qui domine tout, et que vos sottises, si vous en faites, sont prises bien vite par le meilleur côté, afin que je puisse vous trouver parfait, comme je le désire. Frère Maxime a fait ses voeux hier. Quel délicieux garçon! Quelle profondeur surnaturelle dans ses sentiments(3)! Je suis extrêmement satisfait de tous nos jeunes gens, sauf du neveu de l’abbé Bastien. Mais c’est si nul! On nous annonce un jeune officier.
Ah! que je voudrais vous voir pour préparer un plan de conduite générale! Ma retraite commence à me permettre de parler à quelques prêtres, pour arrêter la décadence universelle(4). L’évêque est plein d’attentions pour moi, mais où allons-nous? Je verrai demain Mgr Vitte(5) qui revient de Rome. L’évêque de Nîmes va voir le Pape le 14.
Il me semble que, puisque l’archevêque a des religieux, il faut qu’il pourvoie à leur défense. Y songe-t-il? Pourtant c’est là l’essentiel. Le malheur de l’Eglise de France est qu’après avoir eu un triste chef, elle n’en a plus(6). Angers, Poitiers, Lyon(7) ne sont pas reconnus. Et qui veut de Paris? Est-il vrai qu’en politique Clémenceau doive être vite le successeur de Gambetta(8)? C’est l’opinion de Baragnon et de quelques autres.
Adieu, cher ami, et bien tendrement tout vôtre.

