Cher ami,
Votre plan(1) est admirable, mais si habile, si fin, si caché, si indécouvrable que je me demande ce que c’est que la vérité en globules imperceptibles, l’apostolat homéopathique, la prédication par les infiniment petits. Mais si les hommes ne la peuvent porter à plus forte dose! La vérité qui plaît, à condition qu’on ne se doute pas que c’est elle. Mais paff! Elle vous saisit, elle vous terrasse; les ave ont remporté la bataille, on est vaincu sans s’en douter. La foi a pénétré par les énigmes et la charité a prêché par la caricature. On est devenu dévot par un air de cantique, on a acquis la science par des rébus. Et vlin! et vlan! Tant pis pour les gens attrapés! Légendes, cantiques, caricatures, histoires, méditations, nouvelles pour rire, critiques, tout y est. Et vivent les macédoines.
Maintenant que j’ai reçu le plan du plan, je comprends que je ne dois pas comprendre. Et vive le clair-obscur, si obscur qu’il n’est clair que pour son auteur. Quant à l’effet, il est d’autant plus phénoménal qu’on s’en doute moins et que personne n’y comprend rien(2). Voyons, je ne veux pas plaisanter, mais votre idée est bien d’évangéliser par le galimatias simple. Quant au double, bernique! Vous savez trop bien ce que vous voulez pour qu’il pénètre dans vos pages. Le double y pénètrera d’autant moins que vous y mettrez d’autant plus de galimatias simple. Tant pis pour le public. Le XIXe siècle ne peut pas en porter plus.
Vous voyez bien que je vous ai parfaitement compris. Dans ce cas continuez, mais dans ce cas aussi le public est fameusement bête et sot, pour qu’il faille [le] convertir par de pareils moyens.
Totus tibi.

