Bien cher ami,
Si vous n’êtes pas à Paris quand cette lettre arrivera, vous serez bien près d’y être et le P. Picard de partir pour venir ici(1). Nous causerons avec lui. Ma conviction est que vous pouvez commencer la Revue, si vous ne posez pas d’autres conditions que celles que renferme votre lettre(2).
Quel magnifique programme que celui-ci! Organisation des catholiques, chassés de partout, pour faire leurs affaires en dehors de tout. Union morale de plus en plus intense avec le Saint-Siège. Union, non d’une oeuvre, mais de toutes les oeuvres, pour sauver la France. La guerre offensive, comme dit Ernoul. La propagande au-dedans, mais aussi au-dehors. Toutes les questions d’affaires étrangères du point de vue de l’intérêt catholique.
Après cela, j’adopterai le programme du P. Picard tant qu’on voudra. Je ne parle pas de la philosophie. Jetez-la en pâture au P. Géry, qui se ronge les poings à Clairmarais et broie du noir. Je n’ai rien envoyé au Pèlerin par la raison que je ne sais qu’envoyer. Je vous préviens que, dans une lettre du P. Géry reçue aujourd’hui même, il m’attribue des jugements inexacts sur le Pèlerin. Le Pèlerin ne fait qu’effleurer les questions, il n’en approfondit aucune. Cela ne va pas au professeur d’atqui et d’ergo. Moi, je le juge d’ensemble, il fait du bien; cela me suffit. Je m’attriste qu’il faille servir cette dose si minime d’intelligence aux chrétiens, mais cela prouve seulement qu’ils n’en peuvent pas porter plus, et que les dissertations Géryennes leur donneraient de très graves et désabonnantes indigestions(3).
Quant à moi je baisse beaucoup, énormément. J’approuve totis viribus la Revue sur le terrain que vous acceptez, mais pour y combattre, je n’en suis guère plus capable. Et ne prenez pas mon silence pour autre chose, quand je me tairai. Vous voyez bien que, d’après mon programme, j’ai dans la cervelle matière à quatre ou cinq volumes, à une condition: que je les écrirai. Avez-vous compris?
Sur ce, bien le bonsoir.

