Mon cher ami,
C’est une fantaisie masquée de la bonne Mère Marie du Christ de vouloir que quelqu’un à l’Assomption allât à Poitiers. Elle voulait m’y envoyer. J’avais à assister à trois confirmations, à faire deux premières communions et une prise d’habit, je n’ai pu m’en tirer qu’en lui laissant faire le télégramme que vous avez reçu.
Deux cents franc-maçons demandent la suppression des processions de la Fête-Dieu, à Nîmes. On ne la leur accorde pas cette année, mais l’an prochain il faut s’attendre à tout. Pour le nouveau conseil municipal on nommera au moins un protestant, et ce protestant sera maire. Alors…
Je vous félicite de votre procès, car un gouvernement ne peut pas avouer plus franchement qu’il passe à la Commune, et c’est beaucoup que de pouvoir constater un pareil fait(1). On m’assure que les campagnes républicaines commencent à se dégoûter de la République. A quel point est-ce vrai? Toutefois un bon journal de Lyon, à un sou, a plus de 25.000 abonnés et en voit croître de jour en jour le nombre.
Parle-t-on du successeur de Mgr de Poitiers? Si je n’étais pas si épuisé et que j’eusse de l’argent, ce serait le moment de faire des courses. Que de faits à recueillir! La Croix paraîtra-t-elle bien sûr le 1er? N’y ferez-vous pas imprimer la dernière homélie de Mgr de Poitiers(2)? Quelle magnifique leçon de théologie! et quel évêque eût été capable en France de parler ainsi?
Vous me dites en passant que mon article sur La crise est remarqué, mais en quel sens? Je me figure que l’on doit me trouver excessif. Je ne suis pas surpris de la souffrance du P. Picard(3). Forcez-le à se soigner.
Adieu, et bien vôtre en N.-S.

