Mon cher ami,
Je vous remercie de votre lettre du 21, que je reçois à l’instant. Les explications de Soeur Henriette(1) sont très possibles, les femmes sont très curieuses. Je vous avais écrit pour vous consulter sur les projets du P. Athanase, sur lequel on m’avait écrit de Valbonne, sans le nommer. Avez-vous reçu ma lettre? Vous n’y avez pas répondu. J’ai écrit au P. de Vaulchier, prieur de Valbonne et mon ami intime.
La supérieure des Oblates est très souffrante. Elle m’inquiète même, sinon sur le champ, au moins pour plus tard.
Si je puis faire ordonner le Fr. Norbert, déjà diacre, pour les Quatre-Temps de septembre, je vous l’enverrai; et je vous enverrai aussi le Fr. Bonaventure, jeune homme de 18 ans, malheureusement en retard pour ses études, mais intelligent, de bon caractère, très vivant, de bon sens et pieux; à 30 ans, vous pourrez le faire ordonner. Vous aurez le P. Pierre pour le 1er décembre; il remplacera très avantageusement le P. Athanase; car je ne crois pas le Fr. Norbert, capable d’autre chose que d’une petite classe.
Soeur Thérèse est une excellente fille, mais quoiqu’en ait dit le P. Hippolyte, elle ne sera jamais capable d’être autre chose qu’une excellente et pieuse cuisinière, dont le genre ne relèvera pas le niveau des Soeurs. Et quant à Soeur M.-Henriette, Dieu veuille qu’elle ne leur prêche pas l’esprit de fausseté, au moins par ses exemples. Telle est ma conviction profonde.
On a fait signer à tous les chefs d’Ordre une déclaration, à la suite de laquelle on espère en finir avec la persécution; mais il paraît que les choses se brouillent entre Gambetta et Freycinet(2). Toutefois, comme c’est le Pape qui le premier a fait la rédaction de la déclaration et qu’on a le droit de dire qu’on obéit au Pape, on espère tout arranger pour l’honneur des religieux.
Ma tête n’en peut plus, je m’arrête. Bien vôtre du fond du coeur.
E. D’ALZON.
Le P. Alexandre va partir à 2 heures pour Lourdes.

