Mademoiselle,
Je voulais tous ces jours-ci vous écrire et je vous remercie de m’avoir devancé. Hélas qu’il est triste de voir les hommes si tôt oubliés! Voilà mon pauvre évêque auquel personne ne pense plus. Quant à l’évêque nouveau, j’ai fait proposer par nos députés quatre choix excellents tous refusés(1). Je n’ai pas trop peur de Mr Belville. Pour ne pas nous donner Mr Gervais(2), on a donné la raison qu’il était de Bordeaux et qu’on venait d’y prendre Fonteneau(3). Quant à Mr Besson, je n’y tiens pas extraordinairement, mais vous figurez-vous un Chapitre soit disant légitimiste et ultramontain demandant Mr d’Hulst(4)? Oui, les chanoines veulent l’abbé d’Hulst et sont sur les dents pour l’avoir.
Pour moi, je déclare ne plus tenir à personne, je veux me retirer, comme je le voulais, il y a 20 ans; et si un évêque gallican nous est donné, le nonce(5) l’aura voulu. Ce sera sa gloire d’avoir peuplé l’épiscopat de pieuses médiocrités et nullités sinon pieuses au moins intrigantes. Fava(6) est aussi vulgaire qu’on puisse l’être. On me parle d’un Mr Germain(7) de Bayeux, d’un Mr Limairac de Montauban(8). Ah je vous avoue, qu’il est triste d’avoir si peu d’hommes capables! Je racontais il y a trois jours devant un Récollet(9), qu’en écrivant au nonce, j’avais demandé ou un homme très intelligent pour dominer les protestants et la révolution ou un saint pour convertir le clergé. Ah, me répondit-il, j’aimerais mieux l’homme intelligent, car le métier de convertir les prêtres est un métier de gagne-petit.
Mais surtout qu’on nous donne bientôt un évêque. Le diocèse se disloque; le Chapitre se met à dos les curés de la ville. Ceux-ci écrivent à Rome contre les capitulaires, les curés [du] diocèse que l’on change refusent de se rendre à leur poste. Nous en venons à la tour de Babel.
Je suis ravi que votre frère se trouve mieux. On m’envoie à Bigorre pour calmer mes nerfs. Ne serait-ce pas un endroit excellent pour lui(10)? Je voulais partir ces jours-ci, mais la pluie et le froid m’en détournent.
Veuillez agréer, Mademoiselle, l’hommage de mon plus respectueux attachement.

