DERAEDT, Lettres, vol.12 p. 157

Les batteries sont en marche – Une institutrice – Rien n’est parfait en ce monde – Vos regrets éternels de ne pas faire tout le bien possible – Vos succès contre la République libérale – La prière et les élections.

Ma chère cousine,

Je surveille les batteries(1). Elles ne seront ici que le sept ou huit août. Je devais partir avant, un retard me force de les attendre. Elles sont pourtant en marche mais elles en prennent à leur aise. Parmi les officiers se trouvent deux frères des religieuses de l’Assomption. On les attend au prieuré avec impatience.

Je reçois de Rome une lettre qui me force de hâter mon voyage(2) après le retard que me fait subir mon cher abbé Clastron en allant aux fêtes de votre voisin, st François Régis(3).

Voulez-vous que je m’enquière(4) encore à Paris d’une institutrice? Rien n’est parfait en ce monde et je trouve que vous ferez bien d’y songer quand vous méditez sur les imperfections de votre peuple. C’est st François de Sales qui l’écrit. Maintenant qu’en vieillissant nous prenions des défauts, c’est incontestable et il faut une très grande patience pour les combattre.

Quant à vos regrets éternels de ne pas faire tout le bien possible, il y a 1900 ans que st Paul était comme vous, et je suppose que les prophètes et les patriarches en étaient là aussi, vous voyez que vous êtes en bonne compagnie.

Je vous félicite de vos succès contre la République libérale et je voudrais que partout on en fît autant. On arriverait à faire taire bien du monde. Ce n’est pas du tout long, et voilà un point sur lequel je ne suis pas de votre avis. L’histoire Barrot est très intéressante et je présume qu’elle fournira matière à réflexion à plus d’un. Ici la chaleur a eu des remords de s’être arrêtée, elle recommence de plus belle.

A vrai dire, je crois que de petites personnes comme vos deux jolies jeunes feront plus de bien pour les élections, si elles prient bien, que cinquante électeurs. Je n’exclus ni Joseph, ni Françoise ni même la pécheresse Jeanne.

Adieu ma chère cousine. Je songe qu’il y a cousins et cousins et que s’il y a des cousins ennuyés, il y a des cousins très aimables.