Vailhé, LETTRES, vol.1, p.210

1 jun 1831 [Lavagnac, LA_GOURNERIE Eugène
Informations générales
  • V1-210
  • 0+068|LXVIII
  • Vailhé, LETTRES, vol.1, p.210
Informations détaillées
  • 1 AMITIE
    1 CONFESSEUR
    1 DOGME
    1 EMPLOI DU TEMPS
    1 ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE
    1 ENSEIGNEMENT DE LA LITTERATURE
    1 FONCTIONNAIRES
    1 LANGUE
    1 LIBERALISME CATHOLIQUE
    1 LIBERAUX
    1 LIVRES
    1 LUXURE
    1 PEUPLES DU MONDE
    1 POLITIQUE
    1 PRESSE
    1 RETRAITE SPIRITUELLE
    1 REVOLUTION
    1 SOLITUDE
    1 TRAVAIL DE L'ETUDE
    2 DREUX-BREZE, PIERRE-SIMON DE
    2 DU LAC, JEAN-MELCHIOR
    3 NANTES
    3 NIMES
    3 PARIS
  • A MONSIEUR EUGENE DE LA GOURNERIE (1).
  • LA_GOURNERIE Eugène
  • le 1er juin 1831.]
  • 1 jun 1831
  • [Lavagnac,
  • Monsieur
    Monsieur Eugène de La Gournerie,
    rue Fénelon.
    Nantes
La lettre

Mon cher Eugène,

Dans l’impossibilité où je suis de vous voir, vous ne sauriez comprendre quel genre de plaisir j’éprouve à vous savoir à peu près comme moi, loin de Paris, solitaire, avec de grands projets de travail. Votre retraite vous fera sentir davantage l’absence de vos amis. Ne pouvant parler aussi souvent qu’à l’ordinaire à certains d’entre eux, peut-être écrirez-vous un peu plus à d’autres. Je me sens, pour ma part, tout disposé à faire partir souvent des missives pour Nantes. Nous sommes tous deux seuls, nous comprendrons mieux ce que nous éprouverons; nous ne saurions, je crois, mieux faire que [de] nous communiquer nos idées, nos vues, le plus fréquemment possible.

Pour vous parler d’abord de notre état, ici, quelques brouillons font tout le mal. Sans eux, sans leurs calomnies, nous serions tranquilles. Il est bien vrai qu’il y a aussi des imprudents, comme partout. Force et force libéraux se dégoûtent de la glorieuse révolution et, en général, de ses anciens partisans elle n’a guère conservé que les fonctionnaires. Les uns voudraient revenir sur leurs pas, d’autres aller plus loin. Je ne vois pas qu’ici il y ait beaucoup de stationnaires. Nîmes n’a pas été, que je sache, troublée depuis que les catholiques libéraux de la garde nationale ont été porter les cendres de … (2) au pied des croix renversées; mais je crois vous avoir déjà parlé de cela.

Vous avez le projet de travailler, et moi aussi. Je ne pense pas avoir perdu mon temps jusqu’ici; je veux continuer. J’ai mon plan tout tracé jusqu’à la fin de l’année, et quoique bien des circonstances puissent me déranger, je suis encore content de savoir ce que je veux faire. Je me propose de faire un travail, dans lequel je considère le développement de l’esprit humain dans ses rapports avec les dogmes catholiques. Je veux chercher si chez les peuples qui n’ont pas connu la vérité tout entière, la civilisation n’a pas eu des progrès proportionnés au degré de vérités connues par eux; quelles sont les causes de leur décadence et de leur état stationnaire, et comment le catholicisme va lui-même se développant, non en lui-même, mais par rapport à la plus parfaite connaissance que nous avons de ses dogmes. Je considère également l’influence du catholicisme sur les rapports sociaux de différentes espèces, et j’essaye de montrer la supériorité du point de vue catholique, pour pénétrer dans les différentes branches du perfectionnement humain.

Vous comprenez qu’un tel travail n’est pas court, qu’il exige de nombreuses lectures, beaucoup de recherches et un peu d’application d’esprit. C’est ce que je demande. Si, à la fin de l’année, je puis en venir à bout, je serai satisfait. Quant à la méthode, après avoir considéré en gros mon sujet, je me suis mis à lire en prenant quantité de notes. Heureusement, j’ai un assez bon nombre d’ouvrages qui m’aideront dans mon travail. En lisant, j’étudie en quelque sorte les matériaux dont je puis disposer; ensuite, je verrai quel arrangement leur convient.

Donnez-moi vos idées sur ce plan et en même temps faites-moi part de votre but. Continuez-vous l’étude du moyen âge? Allez-vous faire des vers, ou bien entamez-vous quelque question historico-philosophique? Je veux enterrer également, avec l’an de grâce 1831, l’étude assommante de l’allemand. Maintenant, je commence bien à le comprendre par-ci, par-là, mais il me faut du temps encore avant de pouvoir me dire fort. Avec cela, je pourrai dire que je me le suis appris tout seul.

J’avais le projet de causer avec vous un peu plus au long, mais à l’instant je reçois une lettre de du Lac et je me le puis laisser sans réponse. Priez pour lui; il est bien malheureux. Adieu. Ecrivez-lui et donnez-lui du courage.

Adieu, doux ami. Vous êtes un des miens, dont l’amitié m’est la plus glorieuse.Tout le monde me fait l’éloge de ce jeune homme, qui fait de si jolis articles et qui doit avoir une si belle âme. Il n’y a qu’un confesseur de ma connaissance, qui a signifié à une dévote que si le Correspondant continuait ses articles licencieux, il lui ferait un cas de conscience de s’abonner à un journal dont le diable se mêle. Adieu. Je vous aime.

Emmanuel.

Donnez-moi des nouvelles de Brézé, si vous en avez.

E.D'ALZON
Notes et post-scriptum
1.Voir *Notes et Documents*, t. 1er, p. 90. La date donnée est celle du cachet de la poste, à Pézenas.1.Voir *Notes et Documents*, t. 1er, p. 90. La date donnée est celle du cachet de la poste, à Pézenas.
2. Le nom propre manque, par suite d'une déchirure.