Vailhé, LETTRES, vol.1, p.722

oct 1834 Rome, SERRES Séverin
Informations générales
  • V1-722
  • 0+221|CCXXI
  • Vailhé, LETTRES, vol.1, p.722
Informations détaillées
  • 1 ACTES MEDICAUX
    1 ACTES PONTIFICAUX
    1 ADMINISTRATION PUBLIQUE
    1 DOMESTIQUES
    1 EGLISE ET ETAT
    1 ENCYCLIQUE
    1 EPISCOPAT
    1 EPREUVES DE L'EGLISE
    1 ESCLAVAGE
    1 FATIGUE
    1 FOI
    1 GALLICANISME
    1 GOUVERNEMENT
    1 GUERISON
    1 HOSPICE
    1 IMPRESSION
    1 INTEMPERIES
    1 JESUS-CHRIST
    1 LIVRES
    1 LOISIRS
    1 MAISONS DE CAMPAGNE
    1 MALADES
    1 MALADIES
    1 MEDECIN
    1 MONARCHIE
    1 PURIFICATION
    1 RELIGIEUX
    1 REPOS
    1 TRANSPORTS
    1 VIE DE PRIERE
    2 ALZON, AUGUSTINE D'
    2 ALZON, MADAME HENRI D'
    2 BAILLY, EMMANUEL
    2 BERNETTI, TOMMASO
    2 COLEBROOKE, HENRY-THOMAS
    2 GERBET, PHILIPPE-OLYMPE
    2 GREGOIRE XVI
    2 MAC CARTHY, CHARLES
    2 MAGALLON, PAUL DE
    2 PERSIL, JEAN-CHARLES
    2 SERRES, SEVERIN DE
    2 THEINER, AUGUSTIN
    2 VENTURA, GIOACCHINO
    2 WINDISCHMANN, CHARLES
    2 WISEMAN, NICOLAS
    3 FRANCE
    3 LYON
    3 VALENCE
  • A UN PARENT (1).
  • SERRES Séverin
  • vendredi, octobre 1834.
  • oct 1834
  • Rome,
La lettre

Ta lettre, mon cher ami, ne ma été remise qu’hier soir. L’excursion dont tu me parles n’aura, je l’espère, à te laisser que d’agréables impressions, et la fatigue qu’elle t’a causée se sera, je pense, dissipée après un ou deux jours de repos.

Jusqu’ici, point de nouvelles. Si je voulais être soupçonneux, j’aurais sujet de me tourmenter. Des lettres qui ne devraient mettre que dix jours à me parvenir en mettent vingt et trente(2), d’autres que j’attends ne m’arrivent pas. Mais à quoi bon perdre son repos? L’unique sentiment que j’éprouve, c’est une grande commisération pour les pauvres malheureux réduits à chercher leurs moyens d’existence dans les ordures de la police.

Tu as peut-être déjà entendu parler du vigoureux soufflet, irrévérencieusement appliqué par la patte de M. Persil sur la joue de NN. SS. les évêques de France. Une des libertés gallicanes défend qu’aucun ordre pontifical soit publié en France sans l’autorisation du Conseil d’Etat. Les évêques ayant publié l’encyclique sans la permission préalable viennent d’être admonestés par le garde des Sceaux, en sa double qualité de président du Conseil d’Etat et de ministre des Cultes. Je m’abstiens de reflexions. Comme j’ai déjà déchiré deux fois ce que je te disais, à ce sujet, j’aime mieux garder mes sentiments pour moi, puisqu’ils ne peuvent se manifester que sous une forme trop acerbe. Je pense, au reste, que [tu] les devines facilement et que tu partages toute ma douleur, à la vue des opprobres de l’Eglise méprisée par les peuples qui la considèrent comme la geôlière envoyée par les rois pour river leurs fers, méprisée des rois comme un serviteur dont l’empressement imprudent blesse leurs droits à force de bassesses.

L’unique réflexion que je ferai, c’est qu’il ne faut plus rien attendre des hommes, et c’est une leçon qui ressort avec une telle évidence de tout ce qui se passe autour de moi que, si ma foi est un moment ébranlée par la vue des misères infinies sous lesquelles on cache la vérité, elle s’épure et se fortifie d’un autre côté, parla pensée que ces flétrissures ne sauraient atteindre ce qui dans l’Eglise de Jésus-Christ est impérissable et divin. Quand l’arche de Noé s’élevait sur les eaux du déluge, plus d’un cadavre impur vint battre contre ses parois, plus d’une fois les vagues grossissantes la couvrirent de leur écume, et cependant, au milieu de la mort, elle conserva toujours les germes de la vie. Prions Dieu, mon cher ami, car il me semble que le ciel est bien noir. Mais parlons d’autre chose.

On m’a remis un exemplaire de l’Histoire de la philosophie, en même temps que ta charmante épître. Mais est-ce le même que M. Wiseman a reçu, il y a quelque temps? Les feuillets n’étaient pas coupés, et je ne puis deviner comment l’illustre Teyner a pu découvrir à travers des pages fermées que le livre ne valait rien. Cependant, s’il a lu ce qui était ouvert, il a pu voir que l’auteur déclare prendre une partie de ses matériaux dans Windischman et Colebrocke. Je ne suis plus surpris qu’il l’ait soupçonné. Ce que j’ai lu de cet ouvrage me paraît porter le cachet de M. Gerbet. C’est son talent analytique, sa clarté de jugement, son style à la fois timide et prétentieux, ses syllogismes bien membrés et ses phrases bien limées. Cet ouvrage, s’il est répandu dans les écoles, peut faire beaucoup de bien.

J’ai oublié, dans ma dernière lettre, de te donner les renseignements que tu me demandes sur une maison de santé pour un de tes amis. Si je n’avais peur de trop grossir cette lettre, je t’enverrais celle du P. de Magallon(3),dans laquelle il me donne les détails que je lui avais demandés. Cette maison est située à une demi-lieue de Lyon, sur la route de Valence, au milieu d’un immense parc; elle est desservie par des religieux. On craint que la maladie étant déjà invétérée ne soit. difficile à guérir; cependant, on a de nombreux exemples de guérison, mais après un long traitement. Comme il faudrait au malade un appartement séparé, l’usage de la voiture, un domestique, etc., en demande 3 000 francs par an; le blanchissage et les frais de trousseau seraient à la charge du malade. Il faut l’extrait de naissance, le certificat du médecin et l’extrait de l’acte de l’autorité qui sanctionne la détention du malade, des détails antécédents sur la marche du traitement qu’a eu la maladie. Mais je pense que ce sont là des choses qu’il sera aisé d’avoir, sans qu’on prévienne à l’avance.

Je te demande pardon de toutes les ratures que j’ai faites en copiant la lettre du bon Père. Il serait aisé de trouver des maisons de campagne à louer, à côté de l’établissement, pour la femme du malade(4)…

Notes et post-scriptum
1. Les divers brouillons de cette lettre que nous avons ne portent pas d'adresse. Les *Notes et Documents* t. Ier, p. 448 sq., qui en reproduisent des extraits, la font envoyer au cousin d'Emmanuel, Séverin de Serres. En soi, la chose est possible, car, à notre connaissance, l'abbé d'Alzon ne tutoyait à cette époque que des membres de sa famille et Mac-Carthy, et il se peut que le P. Bailly ait eu des renseignements qui ont échappé à nos recherches. Nous n'avons là, d'ailleurs, qu'un projet de lettre dans un brouillon incomplet.1. Les divers brouillons de cette lettre que nous avons ne portent pas d'adresse. Les *Notes et Documents* t. Ier, p. 448 sq., qui en reproduisent des extraits, la font envoyer au cousin d'Emmanuel, Séverin de Serres. En soi, la chose est possible, car, à notre connaissance, l'abbé d'Alzon ne tutoyait à cette époque que des membres de sa famille et Mac-Carthy, et il se peut que le P. Bailly ait eu des renseignements qui ont échappé à nos recherches. Nous n'avons là, d'ailleurs, qu'un projet de lettre dans un brouillon incomplet.
2.Dans un autre brouillon de la même lettre, on lit ceci: "J'ai reçu dernièrement une lettre de ma mère -elle avait plus d'un mois de date; -une autre de ma soeur avait vingt jours. Les lettres pour venir de chez moi n'en mettent ordinairement que dix."
3. Ancien officier de marine, entré dans l'Ordre des Frères de Saint-Jean de Dieu et vénéré comme un saint de son vivant
4. La fin manque. Dans un autre brouillon de la même lettre après le début qui est identique, on lit ceci:
"J'avais tout lieu de penser que le bruit qui courait sur le P. V[entura] était faux. C'était sans doute en faisant la digestion du Jésuite qu'il avait mangé que Voltaire écrivait à ses amis: `Mentez, il en reste toujours quelque chose.' Et, après avoir rapporté la défense faite aux évêques par M. Persil, garde des Sceaux, de publier l'Encyclique sans son autorisation, l'abbé d'Alzon ajoute ces réflexions: `Persil se plaît à reconnaître que le Pape n'a rien dit que de très juste et de très conforme au bon ordre. Je ne doute pas que le Pape soit très flatté de cet hommage et qu'il ne charge le cardinal Bernetti de l'en remercier. Malgré tout le côté ridicule de cette mauvaise plaisanterie, il y a, au fond d'un pareil acte, un témoignage bien douloureux de la faiblesse d'une religion, qui tend la main aux rois pour les soutenir sur leurs trônes et qui se voit repoussée par eux, tant ils se sentent impuissants à la sauver. Mille tristes réflexions se présentent, mais il faut les écarter. Le mystère des humiliations de l'Eglise a des profondeurs impénétrables."