Vailhé, LETTRES, vol.3, p.285

3 aug 1847 Eaux-Bonnes, ALZON_AUGUSTINE

En voulant se marier à présent, elle s’expose à commettre une sottise. -Ses parents se sont toujours occupés de l’établir, elle n’a su vouloir que pour refuser. -Si elle le veut positivement, il lui trouvera quelqu’un.

Informations générales
  • V3-285
  • 0+539|DXXXIX
  • Vailhé, LETTRES, vol.3, p.285
Informations détaillées
  • 1 FAIBLESSES
    1 MALADIES
    1 MARIAGE
    1 VOLONTE
    2 ALZON, HENRI D'
    2 ALZON, MADAME HENRI D'
    2 CLOTILDE, MADEMOISELLE
    2 LIV., DE
    2 PUYSEGUR, MADAME ANATOLE DE
    2 THEOPHILE
    3 LAVAGNAC
    3 MONTPELLIER
    3 PARIS
  • A SA SOEUR AUGUSTINE (1).
  • ALZON_AUGUSTINE
  • le 3 août 1847.
  • 3 aug 1847
  • Eaux-Bonnes,
La lettre

Ma chère petite soeur,

Il faut que je te dise toute ma pensée sur tous les ennuis dont tu me parles dans ta dernière lettre et que je comprends très fort. Il me semble que tu es exposée à une grande tentation, celle de faire une sottise dans le parti que tu es résolue à prendre. Est-ce un bonheur ou un malheur que tu ne te sois pas mariée? Je n’en sais rien. Si tu étais mariée, tu serais affranchie de tes ennuis actuels -ce serait beaucoup,- mais tu en aurais d’autres que tu ne connaîs pas. Et, de plus, ta santé aurait fort bien pu s’en mal trouver. Dans les divers mariages qui t’ont été proposés, j’ai été presque toujours frappé d’une chose, c’est que ce qui te portait à refuser, c’était bien moins une raison sérieuse qu’un ridicule ou chose de moindre importance. Aujourd’hui pourtant, tu dois finir par comprendre qu’il n’y a rien de parfait et que, si tu te maries, il te faudra subir un inconvénient quelconque. Aujourd’hui, je comprends que tu ne veuilles pas de quelqu’un plus jeune que toi. Eh! bien, laisse-moi te le répéter, quand tu auras trouvé un vieux garçon converti, qui t’arrivera avec quelqu’une de ces maladies, comme ils en ont tous, tu seras bien avancée. Tu me cites l’exemple de M. de Liv., mais songe que ce jeune homme ne voulait pas se marier, qu’il ne s’est décidé à chercher une femme que parce que son frère n’avait pas d’enfant, qu’il en voulait et que, dès lors, ce n’est pas à toi qu’il se serait adressé, parce qu’il aurait voulu trouver d’autres garanties d’âge et de tempérament.

Puis, M. de Liv… vit à la campagne, et, campagne pour campagne, je ne vois pas trop le plaisir qu’il y a à fuir loin des siens et de Paris. Car il faut toujours chercher dans le rayon de Paris. Eh! bien, là, je t’avoue que je crois bien trouver quelque chose, mais figure-toi qu’il te faut aller un peu chercher toi-même. Tu me réponds que tu n’oses pas; vas-y avec Marie. Tu vois ma mère, qui a pris son parti d’aller à Montpellier. Veux-tu que je l’en blâme? A l’âge de mon père qui positivement ne veut plus aller loin de Lavagnac, et avec l’état de souffrance de ma mère que les longs voyages fatiguent, est-ce qu’ils n’ont pas le droit de choisir le quartier d’hiver qui leur convient? Est-ce qu’ils t’empêchent d’en choisir un autre? Est-ce que, pendant quinze ans, ils n’ont pas été préoccupés de toi? Depuis 1829, j’entends parler de maris proposés. Pendant quelques années, mon père ne rêvait que de t’établir. Puis, tes répugnances les ont un peu ralentis, et ils te laissent faire.

Malheureusement, il y a dans ton caractère une certaine énergie passive qui résiste à une action, en même temps que tu n’as pas assez de force pour agir par toi-même. Tu sais vouloir, quand il s’agit de refuser; tu ne sais pas vouloir, quand il s’agit de faire. C’est là un grand malheur pour toi? Quand Clotilde a choisi son mari, je suppose qu’elle avait assez d’esprit pour l’avoir sondé à l’avance; elle l’a accepté. En aurais-tu fait autant? Tu me répondras: « Tous les maris ne sont pas comme Théophile. » J’en conviens, mais ceux qui ont plus de bon sens n’ont-ils pas certains inconvénients que Théophile n’avait pas? Clotilde a voulu. A-t-elle eu tort ou raison? Va le lui demander. Toi, chère amie, souviens-t’en bien, tu ne voudras jamais. Je te prie de prendre, dans l’exemple que je te cite, ce que je veux constater, c’est que Clotilde a été une femme qui a su vouloir faire. Elle a fait. Je ne cite pas Marie, parce que Marie est une femme positive, mais qui, en voulant, n’a pas vu probablement les inconvénients avec la netteté de coup d’oeil que je suppose à Clotilde.

Maintenant, sonde bien ton coeur et surtout ta force de vouloir. Si tu crois pouvoir me dire: « Je veux positivement me marier et je saurai supporter certains inconvénients du mariage », je te promets (ceci entre nous) d’aller, au mois de décembre, à Paris, de chercher très sérieusement quelqu’un, qui très certainement ne sera pas parfait, et si, comme je l’espère, je te le trouve, alors tu le prendras en sautant par-dessus toutes les conséquences que tu peux prévoir. Prends ton temps et réponds-moi un oui ou un non positif, si tu en es capable.

Adieu, chère petite soeur. J’ai encore bien des choses à te dire, mais je ne les dirai que lorsque j’aurai ta réponse. Il faut que tu voies dans ma lettre une fameuse marque d’amitié, car je t’avoue que j’ai un peu souffert en t’écrivant toutes ces duretés.

Notes et post-scriptum
1. Reproduite en bonne partie dans *Notes et Documents*, t. IV, p. III sq.1. Reproduite en bonne partie dans *Notes et Documents*, t. IV, p. III sq.