Touveneraud, LETTRES, Tome 1, p.5

20 jan 1851 Nîmes, MILLERET Marie-Eugénie de Jésus Bhse

Joie de son voyage en Angleterre. – Il faut supporter les gens avec leurs défauts. – La vie douce n’est prêchée nulle part dans l’Evangile. – Nouvelle de sa fête. – Portrait de l’abbé Vernières, novice. – Autres nouvelles.

Informations générales
  • T1-005
  • 2
  • Touveneraud, LETTRES, Tome 1, p.5
  • Orig. ms. ACR, AD 745; D'A., T.D. 21, n. 2, pp. 3-5.
Informations détaillées
  • 1 AMOUR DES AISES
    1 ASCESE
    1 AUTORITE DU MAITRE
    1 COLLEGE DE NIMES
    1 DEFAUTS
    1 DIRECTION SPIRITUELLE
    1 ESPRIT DE FOI A L'ASSOMPTION
    1 GLOIRE DE DIEU
    1 JESUS-CHRIST AUTEUR DE LA GRACE
    1 POSTULANTS ASSOMPTIONNISTES
    1 PRATIQUE DES CONSEILS EVANGELIQUES
    1 PRIERE DE DEMANDE
    1 SALUT DES AMES
    1 SAUVEUR
    1 TIERS-ORDRE DE L'ASSOMPTION
    1 UNION DES COEURS
    1 VIE SPIRITUELLE
    2 GREGOIRE XVI
    2 HENRI, EUGENE-LOUIS
    2 LAMENNAIS, FELICITE DE
    2 MAC CARTHY, CHARLES
    2 MICARA, LODOVICO
    2 O'NEILL, THERESE-EMMANUEL
    2 PUIBLIER, SULPICIEN
    2 VENTURA, GIOACCHINO
    2 VERNIERE, JEAN-JEROME
    2 VERNIERES, JACQUES
    2 WISEMAN, NICOLAS
    3 ANGLETERRE
    3 PARIS
    3 RICHMOND, ANGLETERRE
  • A LA R. MERE MARIE-EUGENIE DE JESUS
  • MILLERET Marie-Eugénie de Jésus Bhse
  • 20 [JANVIER] 1851 <1>
  • 20 jan 1851
  • Nîmes,
La lettre

Ma chère fille,

Je vous remercie mille fois de tous les détails que vous m’envoyez sur votre voyage; ils m’ont intéressé au plus haut degré. Je suis tout heureux de vous savoir témoin de tant de bonnes et belles choses faites pour la gloire de Dieu. Qu’il est, en effet, nécessaire que nous nous occupions de procurer cette gloire! Et il est impossible que nous devions y être encouragés. Quand nous voyons les obstacles renversés par d’autres, ce nous doit être comme un gage qu’avec un peu d’esprit de foi, nous aussi pourrons venir à bout de ceux qui se dressent devant nous.

J’ai vu, depuis quelque temps, tant de femmes trouver leurs maris insupportables que je me suis expliqué pourquoi ma chère fille n’était pas toujours contente de son père. Il faut me supporter avec mes défauts, ma chère enfant, mais croire que, quand il s’agit de vous, tout mon coeur est à votre disposition avec un dévouement et une amitié qui ne peut en avoir de supérieure. Voilà ce que m’a inspiré la vue du mécontentement de certaines personnes.

Vous avez bien raison de dire que la vie douce ne se trouve nulle part prêchée dans l’Evangile. C’est pour cela qui je me console d’une foule d’ennuis que je trouve dans le bien même que je voudrais faire. Mais ceci serait trop long à conter; je réserve tout cela pour mon voyage à Paris.

Si ma lettre qui part avant le 21 vous arrive à temps, dites mille choses pour moi à Soeur Th[érèse]-Em[manuel].[2] Que je désirerais la voir au milieu de son établissement et du bien qu’elle fait! Je suis convaincu qu’elle doit en faire énormément par son esprit de foi et ses paroles qui en sont imprégnées. Nos Messieurs ont prié pour vous, hier, jour de votre fête. La veille même, après y avoir pensé à l’avance, j’oubliai de vous réserver ma messe. Je paierai ma dette demain: je demanderai au Sauveur Jésus de vous donner une surabondance de salut, c’est-à-dire de sa vie, et de faire de vous un puissant instrument de salut pour les autres.

M. Vernières est un saint.[3] Il acquiert par sa piété une certaine influence sur les élèves, et même sur les maîtres qui ne le connaissaient pas intimement. Je lui fais apprendre l’anglais, mais il a une conviction si humble et si gasconne à la fois de son mérite en tout qu’à force de ne douter humblement de rien, je crains qu’il ne fasse bien des sottises. Il n’y aura pas moyen, s’il va en Angleterre, de ne pas le faire passer pour un des ntres. C’est ennuyeux, mais si vous le voyiez, vous verriez que c’est ainsi. Par exemple, je l’avais chargé de faire le catéchisme sur les mystères. Voilà qu’il me prépare un cours sur la religion, et cela pour des quatrièmes, et il avait la conviction de faire merveille. Je dois dire qu’il en avait parlé à l’abbé Henri, qui, pour exercer son autorité, avait permis de sortir du programme tracé par moi.

Je viens de retenir un jeune Anglais de l’université de Cambridge, converti depuis peu. S’il en est qui veuillent nous venir, ne sachant où aller qu’ils arrivent. Il me semble que nous finirons par trouver des vocations parmi tous ces néophytes. Vous pourrez, si vous voyez le card[inal] Wiseman, lui rappeler que je l’ai connu à Rome.[4] Je ne veux pas parler encore du Tiers-Ordre à l’évêque; j’y verrais de l’inconvénient.

Adieu, ma fille. Mille fois vôtre, et toujours avec le désir de me montrer à vous ce que je vous suis du fond du coeur en Notre-Seigneur.

E. D'ALZON
Notes et post-scriptum
1. Le ms porte: 20 mars 1851. Correction du P. Vailhé.
2. Soeur Thérèse-Emmanuel O'Neill (1816-1888), ``co-fondatrice'' des Religieuses de l'Assomption était chargée depuis 1850 de la fondation de Richmond, dans le Yorkshire en Angleterre. Une biographie a été consacrée à cette "mystique du XIXe siècle" (Paris, 1944, 266 pages).
3. Jeune prêtre du diocèse de Nîmes, alors novice, distinct de l'abbé Vernières, ancien professeur de l'abbé d'Alzon au séminaire de Montpellier.
4. Nicolas-Patrice-Etienne Wiseman (1802-1865) avait été créé cardinal le 30 septembre 1850 et nommé archevêque de Westminster après le rétablissement de la hiérarchie catholique en Angleterre. L'abbé d'Alzon, ami de son cousin Mac- Carthy, l'avait connu pendant ses années d'études sacerdotales à Rome, alors qu'il était recteur du séminaire anglais. Du 7 au 22 octobre 1834, les abbés d'Alzon et Mac-Carthy séjournèrent à Monte-Porzio Catone, où Wiseman leur avait offert l'hospitalité dans la villa du séminaire anglais.
Le 26 janvier Mère M.-Eugénie écrit au P. d'Alzon qu'elle a reçu sa lettre du 20 et qu'elle compte toujours passer par Londres pour y saluer le cardinal Wiseman. Sans doute, l'a-t-elle fait; en tout cas, le P. d'Alzon devait recevoir peu après la lettre suivante:
35 Golden Square, Londres,10 février 1851 Monsieur,
Pensez-vous encore quelquefois au cardinal Wiseman? Je serais heureux de ne pas être effacé de votre souvenir. Vous avez travaillé pour l'Eglise, soyez assez bon pour vous intéresser à cette portion que Notre-Seigneur a daigné me confier. M. Puiblier, de la Société de vous parlera d'une oeuvre bien importante; j'ose espérer que vous voudrez bien y coopérer selon votre pouvoir.
Si la grande exposition pouvait vous engager à faire excursion à Londres, je me ferais un bonheur de vous exprimer tout ce que je sens d'estime et d'affection pour vous. C'est dans ce sentiment que je suis, Monsieur, votre très humble et dévoué serviteur. N. card. WISEMAN - En 1859, dans la "Revue catholique du Languedoc", pp. 25-29, présentant le livre du cardinal Wiseman: "Souvenirs sur les quatre derniers Papes," le P. d'Alzon évoquera ses propres souvenirs romains en parlant du futur cardinal Wiseman, du cardinal Micara, du P, Ventura, et du Pape Grégoire XVI. " Quand je me rappelle, écrit-il alors, que, sur le point de quitter l'Italie, Grégoire XVI daigna m'exposer lui-même, dans une longue audience, les diverses erreurs qu'il avait condamnées et celles qu'il condamnerait bientôt, j'avoue que si j'éprouve une secrète joie d'avoir pu approcher, de plus près et plus longtemps que beaucoup d'autres, le dépositaire sacré de l'infaillibilité divine, c'est surtout parce qu'il me semble avoir contracté là le facile devoir d'aimer Rome et son Pontife d'un amour plus tendre, plus profond et plus filial." C'était au sortir de la crise menaisienne, entre le 14 et 19 mai 1835.