Ma chère fille,
Je veux pourtant vous écrire quelques lignes pour vous dire que mon indisposition n’est presque rien. J’ai gardé hier le lit par précaution, mais j’espère être débarrassé de toute gêne au gosier. Pourtant, j’avais pris de nombreuses précautions, mais il est vrai de dire aussi que j’avais depuis quelque temps les amygdales assez irritées. Ecrivez-moi donc bien souvent, si de m’écrire vous fait du bien. Ecrivez-moi surtout dans vos jours de tristesse. Si vous saviez avec quelle volonté je veux absolument apporter la paix au fond de votre coeur! Parlez-moi souvent de vous, chère fille, et ne craignez pas de laisser tout autre sujet pour celui-là. Dieu permettra que, plus calme, vous fassiez dix fois plus pour lui que vous n’en êtes capable avec vos perplexités.
Notre petit malade va mieux, aucun autre cas ne s’est présenté. Il n’y a rien d’épidémique. Dites seulement à M. Gouraud[1] que,du côté de Perpignan, en ce moment, il y a beaucoup de fluxions de poitrine, qui, le troisième jour, se compliquent de congestion cérébrale. On les guérit toutes par la quinine. C’est un médecin du pays, oncle de notre petit malade, qui m’a donné ce procédé et qui, depuis qu’il l’emploie, guérit tous ses malades de ce genre de mal. Cela rentre, du reste, dans le système de M. Gouraud père. J’entre dans ces détails, dans le cas où vous aussi vous auriez des malades.
Adieu, ma bonne fille. N’écrirez-vous pas à Mlle Coirad?[2] Voilà que ma gorge s’enfle, quand je me penche pour écrire. Quelle triste chose qu’un patraque comme moi! Mille choses à toutes vos Soeurs. La maison va assez bien, mais il faut que je donne quelques coups de fouet à certains maîtres, qui ne vont réellement pas aussi bien que les élèves. J’ai voulu prêcher aux maîtres le dimanche et le mercredi. Ils n’ont pas paru contents de reste.
Adieu, priez pour moi.
M. Laurent[3] nous vient comme religieux; cela fera bon effet.

