Monsieur le chanoine[1],
M. l’abbé d’Alzon, pendant son dernier séjour à Paris pour la session du Conseil supérieur de l’Instruction publique, a eu l’occasion de s’entretenir avec M. votre frère, chanoine de la métropole, de vos idées sur l’enseignement actuel. Il a su par lui que vous prépariez sur cette matière une publication nouvelle que l’Univers vient d’annoncer, et que vous vous proposiez d’y montrer l’urgence d’une réforme dans les études, depuis trop longtemps livrées au paganisme par l’usage traditionnel des auteurs profanes mis entre les mains de la jeunesse. La réaction contre cette regrettable influence d’une instruction littéraire, en vérité antichrétienne, se prononce de jour en jour d’une manière plus significative. On se demande s’il ne serait pas opportun d’imprimer à l’enseignement libre une impulsion catholique, en abordant hardiment une réforme, dont la nécessité est mieux comprise depuis les épreuves récentes.
La maison de l’Assomption s’est préoccupée aussi de moyens de modifier en ce sens les traditions acceptées, et M. d’Alzon, dans son compte-rendu de l’année dernière[2], annonçait des travaux préparés par ses collaborateurs pour commencer une publication suivie de livres classiques chrétiens, composés d’extraits des Pères ou des écrivains ecclésiastiques. Nous sommes en mesure déjà pour la rentrée prochaine. Chargé par M. d’Alzon de la direction de cette bib[liothèque] classique, j’ai rédigé, pour le cours de 4ème, un choix de Lactance et de saint Ambroise contenant un tableau de la création.
J’achève en ce moment d’annoter, pour le cours de 3ème, un autre recueil consacré à la vie de Notre-Seigneur, exposant les preuves de sa divinité. J’espère avoir terminé, pour le mois d’août, le poème de saint Avit de Vienne et des extraits sur la Providence, à l’usage des humanités[3],
Un libraire de Nîmes s’est mis à notre disposition. Avant de conclure avec lui, je m’empresse, Monsieur le chanoine, sur l’invitation de M. d’Alzon, de vous donner connaissance de nos travaux. Si vous désiriez entrer en relation avec nous et ne faire qu’une seule et même bibliothèque de vos publications et des ntres, pour les éditer chez MM. Gaume[4], l’ensemble de nos travaux gagnerait à cette unité, et le bien que nous souhaitons, vous et moi, Monsieur, en faire sortir pour l’éducation chrétienne, serait encore plus assuré par ce concours commun de nos efforts, en même temps que la célérité d’exécution nous permettrait de terminer plus promptement une série suffisante d’ouvrages grecs et latins, et de la compléter bientôt pour l’usage des classes.
Veuillez, Monsieur le chanoine, avoir l’obligeance de nous faire parvenir le plus tôt possible votre réponse, et agréer l’expression de la considération distinguée, avec laquelle j’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très humble serviteur.

