Ma chère fille,
Je me suis occupé ces jours-ci de votre affaire. Voici comment j’ai procédé. Je me suis adressé, comme je crois vous l’avoir dit, à M. Wateau, un des hommes les plus intelligents et les plus chrétiens que je connaisse. Il m’a fait observer qu’il valait mieux qu’il se chargeât de l’affaire comme commissionnaire; que la place de Marseille offrant probablement plus qu’aucune autre des chances pour placer les actions, que vous ni moi ne pouvant traiter cette vente, il convenait que vous y eussiez un représentant; que, s’il faisait directement l’affaire, par là même qu’il chercherait à la faire bonne pour lui, il chercherait à la faire moins bonne pour vous; qu’il valait mieux qu’il prît vos intérêts auprès d’un tiers, avec qui il pourrait plaider. vos intérêts mieux que ne pourrait le faire une religieuse. Je viens de lui écrire quelques détails, lui envoyer votre note. Je l’engage à venir me voir avant dimanche, puisque je pars d’ici lundi ou mardi. J’espère être à Paris jeudi matin.
Vous pouvez dire à Soeur Marie-Augustine que, dès le lendemain de mon arrivée, je serai à ses ordres pour la retraite. On pourrait la commencer le mercredi des cendres et la finir le 1er dimanche de carême. Les observations que vous me faites sur la Revue sont très justes; elles n’empêcheront pas nos Messieurs d’être d’une certaine négligence[1]. Je tâcherai pourtant de les relever un peu. Dans le prochain numéro, il y aura une proposition de moi assez originale: c’est l’idée d’un congrès d’instituteurs libres, pensant comme nous[2].
Adieu. Priez bien pour moi. Vous ai-je dit que je viens de chasser un élève bien coupable? Dieu veut que nous fassions son oeuvre au milieu de la douleur. Ce matin, je me suis bien mis comme un instrument entre ses mains, pour qu’il m’emploie, me brise ou me laisse dans un coin. Il me semble bien que je veux être à lui. Soyez-y de votre côté. Nous nous retrouverons dans son sein, qui, malgré ses rebuts apparents, est celui de votre vrai père. Adieu.

