Bien chère et bien bonne fille,
Je crois que la lettre du Cap est une heureuse chose. Du moment que vos Soeurs veulent être relevées de leurs voeux, il faut qu’on les en relève et qu’il n’en soit plus question. Je plains bien la pauvre Soeur M[arie]-Gertrude, mais qu’y faire? Le tout doit être remis à la volonté de Dieu[1].
Je vais écrire à M. Bernard et je vais le prévenir de l’avis que vous m’avez donné[2]. Si nous n’avons rien de mieux que le terrain offert par M. Leboucher, il faudra bien le prendre, mais je n’aime guère ce voisinage. Merci de tout ce que vous faites pour Passy. Il me semble que cela nous irait beaucoup mieux[3]. J’oubliais de vous dire que la personne moribonde, dont je vous avais parlé, revient à la santé; ce n’est qu’un délai de quelques mois, mais enfin la fille ne peut disposer que de ses capitaux. Voilà pourquoi, hier, je ne vous parlais que d’une cinquantaine de mille francs. Je fais prier énormément pour cette affaire, je ne sais ce qui en résultera.
Que je voudrais vous parler de vous! Je demande à Notre-Seigneur de vous mettre dans cet état de résurrection, où laissant dans le tombeau toutes les dépouilles de votre misère vous tendiez à lui par un élan pur, direct, simple et généreux.
Merci de l’ornement que vous m’annoncez. Je vous avoue que celui que vous me proposez ne m’allait pas, à cause du galon qui s’épluche déjà, et cela aurait fait un mauvais effet pour un spécimen.
Je ne puis vous dire combien je sens le poids des âmes de mes enfants, depuis que la vôtre m’est devenue plus légère. C’est une souffrance et une préoccupation qui m’empêchent de dormir. Est-ce toujours un motif surnaturel? Je le voudrais. Je vais donner à dîner à un ancien élève que j’avais chassé, que je ne gardais que sur la garantie d’un petit saint[4], et qui, depuis, a tourné à merveille. C’est consolant. Mais que de légèreté et de lâcheté chez un grand nombre!
Adieu, ma fille. Prions bien l’un pour l’autre. Votre vrai père.

