Touveneraud, LETTRES, Tome 1, p.269

27 apr 1853 Nîmes, ESCURES Comtesse

Il lui parle avec beaucoup d’abandon. – A présent qu’elle a fait connaître son projet de ne pas se marier, elle devrait se poser davantage en chrétienne. – Il lui conseille surtout une grande ouverture de coeur et beaucoup d’humilité. – Qu’elle fasse le pas irrévocable de vivre dans la piété.

Informations générales
  • T1-269
  • 247
  • Touveneraud, LETTRES, Tome 1, p.269
  • Orig.ms. ACR AN 28; D'A., T.D. 21, n. 28, pp. 148-150.
Informations détaillées
  • 1 ACCEPTATION DE LA CROIX
    1 ACTION DE MARIE
    1 AMOUR DU CHRIST
    1 CHOIX
    1 CONSENTEMENT
    1 EFFORT
    1 FRANCHISE
    1 HARDIESSE DE L'APOTRE
    1 HUMILITE FONDEMENT DE VIE SPIRITUELLE
    1 JOIE SPIRITUELLE
    1 MOIS DE MARIE
    1 NEUVAINE DE COMMUNIONS
    1 ORAISON
    1 REFORME DU CARACTERE
    1 VERTUS
    1 VIE DE SACRIFICE
    1 VOLONTE DE DIEU
    2 ALZON, AUGUSTINE D'
    2 HELENE, SAINTE
    2 PENNAUTIER, MADAME PAUL DE
    2 PUYSEGUR, MADAME ANATOLE DE
    3 JERUSALEM
  • A MADEMOISELLE AMELIE DE PELISSIER
  • ESCURES Comtesse
  • le 27 avril 1853.
  • 27 apr 1853
  • Nîmes,
  • Maison de l'Assomption
  • Mademoiselle
    Mademoiselle de Pélissier
    13, avenue Marbeuf; Champs Elysées
    Paris <1>.
La lettre

Evidemment, ma chère fille, il y a ici quelqu’un qui se trompe, car au plaisir que j’ai à vous écrire, je ne puis admettre que je vous parle sans abandon; et certes, si je n’en mets pas avec vous, je ne sais où vous en trouverez dans mes correspondances. Dans tous les cas, ma bonne fille, comme je désire vous faire tout le bien possible, je tâcherai d’en mettre encore plus, si faire se peut.

J’ai traité aussi bien que j’ai pu l’affaire de votre jeune protégée; malheureusement, on désire 60 francs, et l’on prétend faire une faveur.

Parlons un peu de vous. Oui, ma fille, vous resterez quelque temps encore dans cet état pénible, et si vous voulez que je vous parle franchement, vous y resterez jusqu’à ce que vous donniez davantage à Notre-Seigneur. Quoi? Je ne le sais pas positivement. C’est à vous à chercher dans l’oraison, et, comme je vous le disais, vous êtes dans le moment favorable pour bien connaître la volonté de Dieu. Quand sainte Hélène eut découvert à Jérusalem les trois croix, l’évêque, dont le nom m’échappe, demanda à Notre-Seigneur que sa croix véritable fût indiquée par un miracle; on les approcha successivement d’un malade, et celui-ci fut immédiatement guéri, dès que le bois sur lequel le monde avait été sauvé la toucha. Il faut qu’il en soit de même de vous. Examinez les divers moyens par lesquels vous pouvez vous sanctifier: ou rester dans le monde en y pratiquant la vie la plus parfaite possible, ou vous faire religieuse, ou aller avec ces demoiselles. Priez Notre-Seigneur et voyez lequel de ces trois genres de vie peut le mieux vous convenir; voyez celui qui laisse le plus de calme dans votre esprit. Il me semble que, depuis six mois, vous avez fait un chemin énorme; ne vous préoccupez donc pas de celui qui vous reste à faire.

Vous ne devez pas seulement examiner quelle position vous devez prendre, quel genre de vie vous devez embrasser, vous avez à rechercher aussi quelles vertus vous devez vous mettre à pratiquer. Il me semble que voilà bien des choses qui peuvent vous préoccuper. Quant à moi, si j’ai un conseil à vous donner, je vous engagerai surtout à une grande ouverture de coeur surnaturelle. C’est plus nécessaire que vous ne le pensez. A mesure que vous avancerez, vous en sentirez le besoin, quoique peut-être en ce moment vous ne compreniez pas bien la portée de mes paroles. Il me semble aussi que nous avons à faire beaucoup en fait d’humilité. Si vous étiez un peu plus humble, peut-être réformerions-nous beaucoup dans ce que vous appelez votre sot caractère. Enfin, ma chère fille, si vous voulez trouver votre joie dans l’amour de Jésus, il faut prendre votre parti de ne la prendre qu’en Jésus-Christ. Cela est très cruel, mais cela est très nécessaire. Aussi la pratique que je vous impose pour le mois de Marie est celle-ci: prier la Sainte Vierge de vous faire accepter tout entière par son divin Fils, à la condition de ne vous appuyer jamais que sur lui. Si vous persévérez dans cette pratique, tenez pour certain que vous ferez plus de progrès pendant ce mois que vous n’en avez fait pendant toute votre vie.

Je voudrais aussi que vous pussiez vous préparer pendant ce mois à vous poser franchement comme une personne résolue à vous donner à Dieu. Vous avez déjà fait connaître votre intention de ne pas vous marier; faites un pas de plus, posez-vous comme une personne irrévocablement résolue à vivre dans la piété. Cela peut vous coûter un peu, mais vous y trouverez une plus grande liberté d’action, et les choses n’en iront pas plus mal. Je veux vous prier de faire pour moi une neuvaine de communions. Vous réciterez tous les jours trois fois le Souvenez-vous. Si vous voulez y ajouter quelques austérités, vous le pouvez, mais je crains de fatiguer votre santé. J’ai des peines assez grandes, et de diverses espèces. Ce n’est pas faute de confiance, si je ne vous les dis pas; j’aurais du bonheur à vous tout dire. Peut-être vaut-il mieux que je porte seul ma croix. Vous avez bien fait d’engager ces demoiselles à m’écrire; ce sera le meilleur. Je leur répondrai en détail.

On me dérange, et cette lettre ne partira pas, si elle ne part pas dans une heure. Adieu, ma bien chère fille. Vous êtes faite pour être une sainte; travaillez-y. Adieu

Je m’aperçois que, par distraction, je signe de même [que] quand j’écris à mes soeurs; vous ne m’en voudrez pas.

EMMANUEL.
Notes et post-scriptum
1. La fin de l'adresse a été corrigée en celle-ci: *Partie rue de Chaillot, 94.*