Touveneraud, LETTRES, Tome 1, p.304

25 jun 1853 Nîmes, MILLERET Marie-Eugénie de Jésus Bhse

Manière dont il conçoit l’oeuvre en faveur des protestants. – L’évêque y est moins opposé qu’il ne l’aurait cru. – Mauvais état de sa santé.

Informations générales
  • T1-304
  • 273
  • Touveneraud, LETTRES, Tome 1, p.304
  • Orig.ms. ACR, AD 899; D'A., T.D. 21, n. 156, p. 95.
Informations détaillées
  • 1 ACCEPTATION DE LA VOLONTE DE DIEU
    1 BOURGEOISIE
    1 CHAPELET
    1 COMBATS DE L'EGLISE
    1 CONGREGATION DES AUGUSTINS DE L'ASSOMPTION
    1 CONVERSIONS
    1 EXTENSION DU REGNE DE JESUS-CHRIST
    1 OEUVRES DE PIETE
    1 PETITES PROTESTANTES
    1 PROTESTANTISME
    1 PROVIDENCE
    1 SACRIFICE DE LA MESSE
    1 SALUT DES AMES
    1 SANTE
    1 TIERS-ORDRE DE L'ASSOMPTION
    2 CART, JEAN-FRANCOIS
    2 EVERLANGE, MARIE-EMMANUEL D'
    2 EVERLANGE, PIERRE-EMILE-LEON D'
    2 GERMER-DURAND, EUGENE
    2 GERMER-DURAND, MADAME EUGENE
    2 SAGE, ATHANASE
    3 NIMES
  • A LA R. MERE MARIE-EUGENIE DE JESUS
  • MILLERET Marie-Eugénie de Jésus Bhse
  • 25 juin [1853].
  • 25 jun 1853
  • Nîmes,
La lettre

Moi, aussi, ma chère fille, je ne suis pas très vaillant, et voilà pourquoi je mets un peu de retard à vous répondre. Cependant, la lettre de Soeur Marie- Emm[anuel] me sera très utile, car je suis résolu de parler à l’abbé d’Everlange et la lettre de sa soeur me sera très utile pour cela.

Notre-Seigneur me presse de me consacrer à faire du bien aux protestants, et cette Assomption de Nîmes, qu’ils avaient tant redoutée, pourrait bien être, en effet, une citadelle d’où on les bombardera. Toutefois il faut s’entendre. Je crois que, pour commencer, la condition fondamentale c’est la prière. Déjà j’ai une petite association de personnes, qui disent tous les jours une dizaine de chapelet pour obtenir les grâces du commencement. Il est un certain nombre de personnes, que je place depuis quelques jours sur ma patène, pour les offrir comme victimes pour la conversion des protestants. J’en ai parlé à l’évêque, qui s’est montré moins opposé que je ne l’aurais cru.

Si jamais nous avons ici une maison du T[iers-] O[rdre][1], je voudrais la consacrer à recueillir les protestants qui auraient besoin de quelques mois de retraite avant leur conversion, comme aussi [ à] une espèce d’orphelinat pour les petites filles que leurs parents protestants voudraient nous donner. Une maison de l’Ordre pourrait, je crois, aussi faire grand bien aux personnes d’un rang un peu plus élevé.

La Providence semble vouloir cela, et je vous avoue que, au milieu des peines qui ne me manquent pas et de ma mauvaise santé, je ne sais si c’est là un effet de ma tête qui trotte et galope, mais ces pensées me préoccupent, m’agitent et me poussent à devenir moins mauvais. Je prie avec beaucoup plus de ferveur, je vois un but à donner à certaines personnes, qui ne sont pas appelées à la vie religieuse et qui sont ou seront de bonnes tertiaires, car c’est bien là la consécration à l’extension du règne de Jésus-Christ dans les âmes[2].

Vous êtes donc, ma bonne fille, tout endolorie. Que c’est triste pour notre pauvre nature, et que cela nous est pourtant bon, pour nous tenir sous la main de Dieu et pour bien lui dire que c’est à lui à faire son oeuvre, et non pas à nous! Je le prie de toute mon âme pour que cet état vous soit profitable. Je ne puis lui rien demander de spécial, je fais les mêmes prières pour vous que pour moi. Fiat voluntas tua[3].

Adieu, ma chère fille. Tout à vous, avec une bien vive affection dans le coeur de notre divin Maître.

E. D'ALZON.
Notes et post-scriptum
1. Pour l'apostolat du P. d'Alzon auprès des protestants à cette époque, voir SAGE: *Un Maitre spirituel,* pp. 27-28, et pour le rôle du Tiers-Ordre et notamment du Tiers-Ordre féminin, ibid. pp. 36-38. Le P. d'Alzon a souvent songé à une maison où des tertiaires auraient vécu ensemble comme des religieuses dans le monde. Leur piété aurait eu pour mobile le culte eucharistique et pour soutien l'amour de l'Eglise; leur apostolat aurait été d'accueil et de charité; pourquoi le protestantisme français ne connaîtrait-il pas un mouvement de conversion, comme l'Angleterre en donnait alors l'exemple?
2. Comme les religieux et les religieuses de l'Assomption, les tertiaires s'engageaient <<à étendre par toute leur vie le règne de Notre-Seigneur Jésus- Christ dans les âmes>> (cf. la formule de profession de M. et Mme Germer-Durand). *L'Adveniat regnum tuum* était aussi leur devise, et leur règle leur prescrivait de s'adonner à toutes les oeuvres <>.3. Mt 26, 42.