Touveneraud, LETTRES, Tome 1, p.339

8 oct 1853 Nîmes, Sainte Brigitte, MILLERET Marie-Eugénie de Jésus Bhse

Il est sorti de la retraite un peu plus doux envers lui-même et envers les autres. – Renseignements sur une postulante, veuve, âgée de 50 ans.

Informations générales
  • T1-339
  • 311
  • Touveneraud, LETTRES, Tome 1, p.339
  • Orig.ms. ACR, AD 922; D'A., T.D. 21, n. 179, p. 108.
Informations détaillées
  • 1 CLASSES SUPERIEURES
    1 CRITERES D'ADMISSION AU POSTULAT
    1 DISTINCTION
    1 DOUCEUR
    1 ESPRIT D'OUVERTURE A L'ASSOMPTION
    1 PATIENCE
    1 REFORME DU CARACTERE
    1 RETRAITE SPIRITUELLE
    1 RETRAITES PASTORALES
    1 SOUFFRANCE ACCEPTEE
    2 BALINCOURT, MADAME CHARLES DE
    2 HENNINGSEN, MARIE-GERTRUDE DE
    2 JOUVENEL, NICOLAS
    2 LA BOUILLERIE, FRANCOIS DE
    2 MILLERET, EUGENE
    2 MONTFERRE, COMTE DE
    2 MONTFERRE, MADAME DE
    2 SOULAS, ANDRE
    2 VILLEPERDRIX, DE
    3 AFRIQUE
    3 ALGER
    3 CLICHY-LA-GARENNE
    3 NIMES
    3 PARIS
  • A LA R. MERE MARIE-EUGENIE DE JESUS
  • MILLERET Marie-Eugénie de Jésus Bhse
  • [8 octobre 18]53<1>.
  • 8 oct 1853
  • Nîmes, Sainte Brigitte,
La lettre

Ma chère fille,

Vous avez bien raison de me gronder de mon peu d’amabilité envers les gens qui veulent me plaindre; ils sont trop bons et je n’en vaux pas la peine. Je suis sorti de ma retraite, il me semble, un peu dépouillé de ma force, de ma raideur causée par ma souffrance, un peu plus doux envers moi et envers les autres, parce que je crois y avoir senti la force de Notre-Seigneur. J’accepte la souffrance à titre de justice. Je n’ai que ce que je mérite. Il me semble que je commence à la prendre aussi avec amour. Quant à ce que vous m’êtes dans ces moments, j’aurai beaucoup à dire. Je le réserve pour le 10 ou 15 novembre; d’ici là, je me contente de vous assurer que vous serez contente de moi pour ce qui vous concerne.

J’ai toujours entendu parler de Mme de Montferré avec une très haute estime dans le pays. Elle est assez laide, soit dit en passant, mais comme femme capable de mettre de l’ordre dans une communauté, je la crois une acquisition précieuse. Le motif qui la pousse chez vous, c’est le désir de trouver une communauté à idées un peu moins étroites qu’ailleurs. Quant à moi, je lui donnerais ma voix sans hésiter. Mme de Bal[incourt] m’a dit qu’elle se proposait (Mme de Montferré) de vous demander de faire une retraite chez vous. Peut-être serait-ce le moyen de vous connaître réciproquement et de vous apprécier.

Quant à Monsieur votre frère, je crains qu’il ne se soit un peu trop posé en grand seigneur ruiné. Peut-être ferez-vous bien de lui écrire un mot. M. Soulas arrangera tout avec moi pour M. votre frère, à son prochain voyage à Nîmes.

Depuis que cette lettre est commencée, j’ai vu l’ancien curé de Mme de Montferré, qui l’a dirigée pendant dix ans. Il ne lui fait qu’un reproche, c’est d’avoir été trop bonne pour son mari[2]. Avec un peu de fermeté, elle aurait pu conserver 200.000 francs des 400.000 qu’elle avait apportés en dot. Il faut bien qu’il y ait quelque chose de distingué chez cette femme, puisque M. de Villeperdrix, un des hommes les plus honorables de ce pays, créancier de son mari pour 50.000 francs, n’a pas plus tôt su qu’elle était seule et veuve en Afrique, où son mari venait de mourir, qu’il est parti pour Alger, l’a ramenée et lui donne l’hospitalité, jusqu’à ce qu’elle trouve une position, sans songer à réclamer un sou. Instruction, solidité d’esprit, bonnes manières, usage du monde, elle joint tout cela à une très grande patience dans les épreuves que Dieu vient de lui envoyer. M. l’abbé Jouvenel m’en a parlé avec une véritable vénération, et c’est un homme qui ne s’enthousiasme pas aisément. Enfin, vous la verrez, si, comme elle en a le projet, elle va à Paris au mois de février.

Adieu, ma chère fille. J’ai dit en bonne partie ma messe pour vous.

Je trouve le procédé de Soeur M[arie-]Gertrude ineffable. Il y a des gens qui perdent la tête; j’en ai plusieurs exemples de la même espèce[3].

E. D'ALZON.
Notes et post-scriptum
1. La précision: *8 8bre,* sur le ms, est de Mère M.-Eugénie.
2. <>, la comtesse de Montferré, âgée de 50 ans.
3. <>.