Touveneraud, LETTRES, Tome 1, p.375

26 jan 1854 [Nîmes, ESCURES Comtesse

Qu’elle envoie la statue à Alès. – Il lui demande de venir à Nîmes pour le carême afin d’aider à la fondation des Petites Soeurs des Pauvres. – Après deux ans de direction spirituelle, on devrait se mettre à bâtir. – Il ne peut prendre l’enfant qu’elle lui recommande.

Informations générales
  • T1-375
  • 342
  • Touveneraud, LETTRES, Tome 1, p.375
  • Orig.ms. ACR, AN 46; D'A., T.D. 38, n. 46, p. 182.
Informations détaillées
  • 1 APOSTOLAT DE LA CHARITE
    1 CAREME
    1 CHARITE ENVERS DIEU
    1 DETACHEMENT
    1 EGOISME
    1 EMBARRAS FINANCIERS
    1 ENGAGEMENT APOSTOLIQUE DES LAICS
    1 HUMILITE
    1 LACHETE
    1 MORT
    1 PAUVRETE
    1 PENITENCES
    1 PETITES PROTESTANTES
    1 PIETE
    1 REFORME DE L'INTELLIGENCE
    1 REFORME DU COEUR
    1 RENONCEMENT
    1 RENOUVELLEMENT
    1 REVE
    1 SOUFFRANCE
    1 VIE DE PRIERE
    1 VOIE UNITIVE
    1 ZELE APOSTOLIQUE
    2 ALMEIDA, MADAME D'
    2 FROGET, PIERRE-MARIE
    2 GERBET, PHILIPPE-OLYMPE
    2 JOSEPH, SAINT
    2 LE PAILLEUR, AUGUSTE
    2 MAUBEC, MADAME DE
    2 ROUSSEAUX, MESDEMOISELLES
    3 ALES
    3 MARSEILLE
    3 PARIS
    3 PEKIN
    3 PERPIGNAN
    3 ROME
  • A MADEMOISELLE AMELIE DE PELISSIER
  • ESCURES Comtesse
  • le 26 janvier 1854]<1>.
  • 26 jan 1854
  • [Nîmes,
  • Mademoiselle
    Mademoiselle de Pélissier
    13, avenue Marbeuf, près les Champs Elysées
    Paris.
La lettre

Soyez assez bonne pour prier M. Froget de faire partir la statue de saint Joseph pour Alais. Faites l’arranger [sic] le mieux possible. La caisse devra être adressée à Mme de Maubec, née de Cambis.

Maintenant, chère petite, parlons de vous. C’est le père de vos amies qui est cause de mon retard à vous écrire. Il m’a fallu, pour lui être agréable, faire un voyage à Perpignan, et voilà pourquoi je suis en retard[2]. Quand donc le mois de mai viendra-t-il? Après le mois de mai, parlons du mois de juillet. Si au mois de mai je vais à Rome, ce n’est pas la peine de vous faire venir à cette époque. C’est pour cela que je voudrais que vous pussiez nous venir pendant le carême.

Je lutte, tant que je puis, pour les Petites Soeurs des Pauvres. J’ai écrit, fait écrire; rien ne vient. Je crois bien qu’encore un peu, et nous les ferons à nous seuls, mais vous pourriez bien venir nous aider. D’autres se chargeraient des petites protestantes, et vous des Petites Soeurs. Pourquoi Mme d’Almeida ne viendrait-elle pas pour une oeuvre qu’elle aime tant? J’attends une réponse de M. Le Pailleur, supérieur des Petites Soeurs, et une autre de la supérieure générale, mais ils ne sont pas pressés[3]. Dites-donc à Mme d’Almeida de leur donner un peu de zèle pour nos protestants.

Maintenant, parlons de vous. Etes-vous suffisamment persuadée que vous n’appartenez qu’à Dieu? Faites-vous tous les jours le sacrifice de tout votre être, de vos joies, de vos tristesses, de vos sécheresses, de vos impuissances à prier? Avez-vous bien le sentiment que je vous veux offrir à Notre-Seigneur comme une petite victime dépouillée de tout, séparée de tout, victime non pas comme vous et moi nous pouvons l’entendre, mais comme Notre-Seigneur l’entend? Il me paraît, ma fille, que si nous nous décidions à prendre toutes choses ainsi, bien des misères s’aplaniraient; l’obéissance, la pauvreté, l’humilité, tout cela deviendrait facile; vous chercheriez des occasions de vous humilier, de vous anéantir et de souffrir. Quelque incapable que vous vous sentiez de faire quoi que ce soit, souvenez-vous que je vous veux tout entière dans ma main, pour aller à Paris ou à Pékin, pourvu que vous obéissiez.

Tant mieux, chère enfant, que rien ne vous porte à la rêverie! Mûrissez sous ce rapport votre coeur et votre esprit, devenez forte par ces pensées chrétiennes qui mettront dans votre coeur des sentiments d’un grand détachement. Si je vous dis de vous occuper des Petites Soeurs pour ici, c’est que cela me paraît vous aller beaucoup mieux, et que les filles de M. Gerbet finiront [par] s’envoler du côté de leur père, qui aujourd’hui est évêque: leur position est toute changée; puis je vois des personnes qui feront l’oeuvre des petites protestantes, si vous ne la faites pas.

Ne pensez-vous pas que votre peu de ferveur dans la prière vient de votre peu d’humilité? N’avez-vous pas aussi éprouvé quelquefois qu’en offrant une mortification avant de vous mettre à genoux, la prière était ensuite plus fervente? Quelquefois, je me persuade que vous vous aimez beaucoup vous-même et qu’il y a alors encore trop peu de place au fond de votre coeur pour l’amour de Dieu. Il y a eu, dans les deux ans qui viennent de se passer, tant de bouleversements dans vos idées qu’il n’est pas surprenant que vous ne voyiez pas bien clair en certaines choses, mais nous touchons, je crois, au moment où, après avoir pour ainsi dire démoli, nous nous mettrons à rebâtir.

Je suis heureux de vous voir moins épouvantée par la mort.Je n’ai pas bien compris si la petite fille, dont vous me racontez la mort, était soeur de notre petit Félix. Ce petit bonhomme est très intelligent. Quant au petit bonhomme que vous me proposez, j’ai dû renoncer à en prendre d’aussi jeunes, parce qu’ils me ruinaient. Personne ici ne me donne presque un sou, et je ne sais comment m’y prendre pour nourrir les gens de l’air du temps. Je vous promets de bien prier à toutes vos intentions, et du fond du coeur, en vrai père. Faites tous les remèdes, dont vous avez besoin. Quand c’est involontairement qu’on subit certains effets, il ne faut pas s’en tracasser.

Adieu, ma fille. Tout vôtre du fond du coeur.

E. D' ALZON.
Notes et post-scriptum
1. La date donnée est celle du cachet de la poste, à Nîmes.
2. Il s'agit de Mgr Gerbet et des demoiselles des Rousseaux.
3. Le 26 janvier, cependant, M. Le Pailleur écrivait de Marseille au P. d'Alzon: <>.