Ma chère fille,
Vos deux lettres du 29 et du 30 me sont arrivées en même temps, quelques heures après que je vous avais écrit; elles m’ont trouvé très bien disposé. En me rendant à Mireman, où nous avions la Saint-Charlemagne, je pensais à vous et je me demandais pourquoi je vous témoignais si peu d’amitié, quand j’en avais une si grande dans le coeur. Il se trouve, laissant de côté tous mes raisonnements, qu’aimant un peu plus Notre-Seigneur, je me sentirais capable de beaucoup plus d’ouverture, car je serais bien moins gêné dans une affection où je fais tout passer par lui. C’est vous dire que vos si bonnes gronderies me mettent tout à fait à l’aise et me dilatent tout à fait[1]. Vous avez parfaitement raison. Je ne suis pas assez fondateur et je veux l’être davantage. Quand j’irai à Paris, je vous expliquerai ce que je fais pourtant, comme aussi je vous dois quelques explications:
1° Les dérangements que j’ai ici viennent presque tous de la maison ou de ce qui s’y rapporte;
2° Mes prédications pour les protestants ont réveillé déjà quelques vocations religieuses.
Une fois cela dit, je vous accorde que vous avez très fort raison, et je vous promets de garder avec moi votre lettre pour la relire souvent, jusqu’à ce que je me sois corrigé. Continuez, ne vous découragez pas. Je baise en esprit les pieds de ma chère fille, qui se montre si parfaitement mère à mon égard.

