Je n’ai pas pu vous écrire hier, ma chère fille, mais j’ai bien fait prier pour vous. J’espère que l’opération est faite en ce moment et qu’elle est bien faite[1]. Je pensais hier que Dieu doit vouloir de vous une bien grande sainteté, puisqu’il a placé votre naissance, votre jeunesse au milieu de personnes si peu chrétiennes, et qu’il vous a pourtant si admirablement préservée. Car enfin la pauvre femme, dont vous pleurez la mort, n’avait pas, je crois, cherché à attirer votre âme du côté de Dieu. Tout cela, ma chère fille, est une grande preuve de ce que Notre-Seigneur a le droit d’attendre de vous. Il faut que vous vous donniez à lui précisément à cause de la manière dont il vous a prise, dans un milieu où tant d’autres songeaient si peu à le servir. J’ai demandé beaucoup de prières pour Mme Doulcet. Que Dieu fasse miséricorde à cette âme, puisqu’elle a été si charitable dans ses dernières dispositions!
Le besoin de faire de la controverse m’oblige à chercher des livres. Si vous pouviez me faire venir d’Angleterre par quelque occasion les ouvrages indiqués dans la note ci-jointe, vous me rendriez un grand service. Décidément je crois que j’irai vous voir dans la première semaine de carême. J’avais encore quelque chose à vous demander, mais je l’oublie en ce moment. Faites-moi donner le plus possible de vos nouvelles.
Adieu, ma chère fille, puisque le bon Dieu vous a clouée, profitez-en pour demander tous les mérites de Jésus crucifié.

