Mon bien cher Monsieur Bailly,
Comme Dieu vous éprouve de toutes les façons et que vous avez besoin de tout votre esprit de foi pour supporter de pareils coups! Enfin, vous avez un ange au ciel. Mais qu’il a dû être douloureux pour vous de ne pouvoir la voir à ses derniers moments, ni recueillir son dernier soupir! Pourquoi la Providence semble-t-elle prendre ainsi les âmes les plus parfaites, quand il semble que nous en aurions ici-bas un si grand besoin? Vraiment, l’on se perd en conjectures et l’on ne sait que penser de cette contradiction apparente entre le bien qui exige certains instruments et la soustraction de ces instruments privilégiés, au moment où ils paraissent le plus nécessaires, à moins qu’il ne faille voir l’intention de Dieu de ne faire que selon [ce] qu’il veut, sans se soucier du concours des hommes.
Enfin, mon cher ami, votre coeur, si froissé depuis longtemps, éprouve une bien cruelle blessure[1]. Je ne puis que vous dire que je vous plains du fond de l’âme et que je prierai, comme je l’ai déjà fait, pour demander à Notre-Seigneur qu’il ne vous laisse rien perdre du mérite, que vous fera acquérir cette nouvelle croix posée sur vos épaules déjà si écrasées.
Adieu, bien cher ami, et tout à vous avec un coeur tout dévoué.
Veuillez offrir l’hommage et l’expression de ma douloureuse sympathie à tous les vôtres.
Nîmes, 30 avril [18]54.

