Ma chère fille,
Je sors de chez le cardinal[2], qui est si plein de bienveillance pour vous que je ne sais si je pourrai lui échapper demain matin. Il est entré en fureur, quand je lui ai dit que je voulais le quitter aussitôt; j’espère pourtant qu’il me laissera aller. Je tiens seulement à vous dire que si je ne viens pas à votre chapelle, c’est que cela aura été impossible. Mon opinion est que ce n’est pas un Conseil mais un Chapitre qui doit délibérer sur l’ensemble des règles. Peut-être même avant mon arrivée devriez-vous réunir vos Soeurs et leur dire que, pressée par le temps que vous a donné M. de la Bouillerie, vous avez voulu leur donner tout ce dont vous pouviez disposer pour réfléchir; que vous allez leur donner lecture du projet des règles, mais que l’on ne discuterait pas, que l’on m’attendrait pour cela, (j’espère être à Paris et chez vous au plus tard vers 3 heures et demie), que quand j’y serai, on pourrait traiter les points à discuter; que peut-être vaudrait-il mieux adopter d’ensemble, afin d’avoir une plus grande chance d’approbation dans cette unanimité que l’on pourrait faire valoir[3].
Quant à moi, je vous promets de mener la discussion aussi bien que possible, supposé que l’on ne veuille pas adopter tout le projet de règles du premier coup. L’archevêque est parfaitement disposé pour le quart d’heure. Son secrétaire, l’abbé Therme, m’a promis de faire toutes les démarches nécessaires pour obtenir votre approbation à Rome. Je lui ai parlé de votre Bizzarri[4], et il (le cardinal) est tout prêt à le pourfendre. Que je suis heureux, bien chère enfant, de pouvoir vous faire enfin un peu de bien![5]
Adieu, je vous laisse. Vous voyez que ma main est très faible, je tremble comme un vieux. Cela passera si Dieu veut, mais le coeur est toujours le même.

