Touveneraud, LETTRES, Tome 1, p.474

11 oct 1854 [Nîmes, MILLERET Marie-Eugénie de Jésus Bhse

Il voudrait avoir de ses nouvelles. – Les affaires de Clichy. – Il ne tombera pas dans le piège du nonce en allant à Paris.

Informations générales
  • T1-474
  • 439
  • Touveneraud, LETTRES, Tome 1, p.474
  • Orig.ms. ACR, AD 956; D'A., T.D. 21, n. 251, p. 145.
Informations détaillées
  • 1 COLLEGE DE CLICHY
    1 DISCIPLINE INSTRUMENT
    1 NONCE
    1 RELATIONS ENTRE RELIGIEUX
    1 VOEU DE TURIN
    2 AMBROISE, PERE
    2 CART, JEAN-FRANCOIS
    2 DU LAC, JEAN-MELCHIOR
    2 FORTOUL, HIPPOLYTE
    2 GASTEBOIS, MADAME DE
    2 LA BOUILLERIE, FRANCOIS DE
    2 LAURENT, CHARLES
    2 LEVY, MARIE-JOSEPH
    2 PERNET, ETIENNE
    2 PIE IX
    2 SACCONI, CARLO
    2 SALINIS, ANTOINE DE
    2 VAILHE, SIMEON
    3 CLICHY-LA-GARENNE
    3 MENDE, DIOCESE
    3 NIMES
    3 NIMES, DIOCESE
    3 PARIS
  • A LA R. MERE MARIE-EUGENIE DE JESUS
  • MILLERET Marie-Eugénie de Jésus Bhse
  • le 11 octobre 1854]<1>. vers
  • 11 oct 1854
  • [Nîmes,
La lettre

Je ne veux vous répondre qu’un mot que vous brûlerez. Voici une lettre pour Mme de Gastebois. Donnez-moi de vos nouvelles. Est-ce que vous ne m’en parlez pas, parce que je ne vous en dis rien depuis quelque temps? Ce serait fort mal à moi et puis à vous. Il est très vrai que je ne prie guère que pour votre âme. Tâchez donc de savoir si l’usage de la discipline ne serait pas un dérivatif du sang, comme les sangsues qu’on veut me faire mettre tous les mois.

Le P. Laurent me paraît bien empêtré avec le P. Ambroise. Je le plains, mais il l’a voulu, et il faudra que le P. Ambroise parte ou qu’il fasse des actes héroïques. Le P. Laurent vous dira la lettre que j’ai écrite au P. Ambroise et quelle nuance je lui ai donnée[2].

Quant au nonce, je ne donnerai pas dans son piège. Il est fin, je le serai plus que lui. Si je partais pour Paris, je montrerais que, malgré ma protestation, je suis disposé à me laisser vaincre. Je lui ai fait dire par du Lac que je le remerciais, mais que je suis impossible à Nîmes et que je ne veux rien. Si le Pape commande, j’obéirai, mais pas autrement. J’ai bien assez d’affaires, sans aller en chercher d’autres[3]. Adieu.

J’ai eu mon estomac en capilotade, mais je vais mieux.

E. D'ALZON.
Notes et post-scriptum
1. Datée par le P. Vailhé: *vers le 15 octobre,* cette lettre doit l'être au moins du 11, puisque Mère M.-Eugénie en accuse réception dans sa lettre du 13 octobre.
2, Le P. Ambroise avait été appelé à Nîmes par le P. d'Alzon; puis, rappelé à Clichy par le P. Laurent. Devant les soupçons qui pesaient sur lui, le P. Laurent venait de lui retirer toute responsabilité, confiant au Fr. Marie-Joseph la surveillance, et faisant du Fr. Pernet *son dépensier,* lui-même prenant tout l'économat.
3. Du Lac rendit au compte au P. d'Alzon de sa mission auprès du nonce, le 16 novembre: <<*On* se croit assuré [il s'agit du nonce] que si l'évêque de Nîmes demande une personne que l'*on* puisse appuyer, *on* la fera passer. La lettre qui vous avait été écrite avait été rédigée, m'a-t-on dit, de façon à ce que vous pussiez la montrer à Monseigneur de Nîmes et dans l'espérance qu'il agirait en conséquence. J'ai dit ce que vous m'aviez chargé de dire. On croit que vos raisons, excellentes dans votre bouche, ne valent plus rien dans l a bouche des autres, et j'avoue que je suis un peu de cet avis. Toutefois je comprends qu'au Ministère on comprenne la chose comme vous. L'évêque d'Amiens a parlé à Fortoul qui n'a pas manqué de les lui objecter. Il a parlé, de plus, de légitimisme. En résumé, que Mgr l'évêque de Nîmes présente ou demande une personne que l'on puisse appuyer. Il a les plus grandes chances pour qu'elle soit acceptée. Bénie soit cette particule *on*, dont *on* me prescrit l'usage, ce qui sans doute est fort inutile, mais je veux pouvoir dire que je me suis conformé à mes instructions".
L'affaire de la nomination éventuelle du P. d'Alzon au siège de Nîmes en resta là. Mgr Cart, "ce mourant qui ne mourait jamais", poursuivit le déclin de sa vie jusqu'au 12 août 1855. Mgr de la Bouillerie, devenu évêque de Carcassonne le 23 mars, écrivait au P. d'Alzon le 25 novembre de la même année: "J'avais cru et espéré que vous alliez devenir mon voisin à un autre titre [que celui de votre vieille amitié]. Comment cela ne s'est-il pas fait? Je ne me l'explique que par un refus de votre part, que votre humilité explique, mais que l'Eglise en général, et celle de Nîmes en particulier, goûtera peu". Ainsi, le P. d'Alzon, après avoir refusé l'évêché de Mende en 1848, demeurait fidèle à son voeu d'humilité sacerdotale, fait au sanctuaire de la Consolata de Turin, en juin 1844.