On vous fait savoir, ma bien aimée fille, que vous avez un triste père. Voilà mon pauvre évêque mort, et son testament m’a fourni l’occasion de faire des actes de vertu que je n’ai pas faits. Je suis vicaire capitulaire[1] et j’ai pris trop plaisir à vexer quelques chanoines absurdes par un procédé qui les a pénétrés de reconnaissance pour moi. Ah! mon enfant, que cela est triste auprès d’un cadavre! Votre lettre est bien bonne, et que je voudrais vous faire autant de bien que vous m’en faites!
Louise Combié a hâte de vous arriver. Juliette est admirable; après avoir tant souffert de la séparation, elle aplanit tout. A la suite de Louise, viendra sous peu Mlle Eugénie de Malbosc, leur cousine germaine, et dont le frère vient d’épouser Mlle de Roussy, ma parente. Son frère une fois de retour de Savoie où il est allé chercher femme, elle se mettra à chercher un couvent et elle vous prendra, si je ne me trompe. Les Dames du Sacré-Coeur la mitonnent, mais elle vous viendra. C’est une nature dans le genre de Soeur M.- Emmanuel, avec plus de naïveté et un peu plus d’esprit, si je ne me trompe.
Vous faites bien d’étudier l’italien, mais au milieu de tout cela vous sanctifiez-vous? Et le temps de repos que vous deviez prendre au bout du jardin? Sommes-nous exacts à la discipline et à l’oraison? Que vous dit Notre-Seigneur à la communion? Veuillez me répondre à ces questions[2].
Je souhaite à toutes vos filles la bonne fête de l’Assomption. Je demande pour elles à la Sainte Vierge une grande dilatation de coeur, dans la perfection de leur amour pour Notre-Seigneur[3].
Adieu, ma fille. Un bain m’attend. On s’occupe de la lettre pour le cardinal[4].

