Touveneraud, LETTRES, Tome 1, p.608

Lettre de condoléances à une mère (sa cousine) pour un fils tué à Sébastopol.

Je viens d’apprendre, ma chère cousine[1], la perte affreuse que Dieu vous a imposée. Permettez-moi de vous dire et la part que j’y prends, et la pensée qui m’est venue en songeant que votre sacrifice s’était consommé le jour de la Nativité de la Sainte Vierge. Vous avez, j’en suis sûr, déjà été frappée de cette date. Est-ce qu’une mort, qui a sans doute avec elle tout ce qui peut crucifier le coeur d’une mère, mais qui a aussi eu son retentissement au tombeau de Jésus-Christ, ne peut pas porter avec elle son adoucissement? La victoire qui vous a tant coûté a eu son retentissement le plus éclatant à Jérusalem et au Calvaire, et vous voulez que Dieu ne tienne pas compte de ce commencement d’affranchissement du Saint-Sépulcre à ceux qui ont répandu leur sang pour l’obtenir?[2] Pour moi, ma bien chère cousine, je pense qu’une mère aussi chrétienne que vous, et qui ne veut être consolée que par des pensées de foi, doit trouver quelque chose de bon dans sa douleur à penser que, — soit que ceux qui firent la guerre l’aient voulu ou non, — elle a donné ce qu’elle avait de plus précieux pour une cause qui touche si directement la cause de la religion et prépare son triomphe aux lieux où, Notre-Seigneur expirant, donna la Sainte Vierge pour mère à tous les chrétiens.

Quoique encore un peu souffrant, j’ai voulu vous écrire ces quelques mots et vous assurer de ma tendre sympathie à toute cette peine et de mon respectueux attachement.