Mon cher enfant,
Je vous écris par le P. Brun, parce que je suis dans mon lit. Je suis convaincu que vous subissez une tentation et qu’elle pourrait être fatale à votre vocation[2]. Votre empressement même a quelque chose qui ne sent pas l’esprit de Dieu, mais qui indique des influences humaines ou l’action du démon: non in turbine Dominus[3].
Après cela vous me connaissez, mon enfant, vous savez quels sont mes sentiments envers tous les Ordres religieux et ma disposition à leur donner tout ce qui est mien. Comme il est absolument nécessaire pour l’honneur des deux Ordres que la chose se fasse convenablement, je n’exige de vous qu’une seule chose, c’est que vous acheviez paisiblement votre année de théologie, qui, en tous cas, vous est également utile, gardant le silence sur ces pensées, excepté avec votre supérieur, observant votre règle et vivant parfaitement de la vie de notre petite communauté de Rome. Sanctifiez-vous pendant ce temps-là par la perfection de votre vocation actuelle.
Avant la fin de cette année, je vous verrai, soit à Rome, soit en France, en vous y faisant revenir, et, lorsque j’aurai pu vous parler et vous entendre, vous aurez mon plein assentiment pour vivre ce que Dieu vous fera connaître de sa volonté sur vous. Jusque là, ne suivez pas votre imagination, ne prenez point d’engagement. Tout cela serait humain et par conséquent imparfait et dangereux.
Je vous confie à la Sainte Vierge, pour qu’elle vous préserve d’illusion. Je vous bénis et vous embrasse de tout mon coeur[4].

