Ma chère fille,
J’ai eu encore une petite crise, mais le temps affreux que nous avons y contribue. Merci de votre parfait arrangement pour la Thuilerie, je l’accepte de grand coeur(1) Prenez Soeur M.-Gérard quand vous voudrez. Vous savez bien que ce qui est le meilleur me va toujours. Je souffre en pensant que je ne serai pas à Paris pour la prise d’habit de Soeur M.-Cath[erine] et de Soeur Marie du Saint-Sacr[ement](2), ou qu’il faudra différer la cérémonie.
Ce matin, après la messe, M. Soulas m’a proposé de confier après lui ses filles, les garde-malades, à un des nôtres(3). Elles sont un peu plus communes, mais me semblent avoir l’esprit dix fois meilleur que celles de Sainte-Croix(4). Je vous en parlerai plus tard. Elles ont déjà de grandes ressources; la peur de M. Soulas est qu’elles ne deviennent trop riches. Il veut que toutes leurs économies passent aux bonnes oeuvress.Elles ont déjà deux orphelinats et une colonie agricole.
Remerciez les Soeurs du conseil de leur bonne volonté pour nous. Adieu, ma fille. Laissez-moi vous avouer que ma maladie me fait un très grand bien, et, tout en priant Dieu de m’en délivrer, je le remercie de me faire si bien comprendre par ce moyen qu’il faut ne s’appuyer que sur sa force dans toute chose humaine et surnaturelle.
Tout vôtre, mon enfant, avec un redoublement d’affection, si c’est possible.

