Hélas! ma fille, j’ai très fort raison de me préoccuper. On n’a pas pu se servir de vos actions et il a fallu que je puisse obtenir de mon père encore 20,000 francs. Il en faudra 30.000 au mois de juin, et vous voulez que je ne sois pas préoccupé? Cependant, j’y trouve une nouvelle expérience. Ma soeur aînée s’oppose à ce qui me mettrait à flot, et, au moment où j’écrivais ces mots, mon père entre dans ma chambre pour me dire qu’il est fatigué de me fournir de l’argent et qu’il faut que je cède mon établissement aux Jésuites. Or tout cela est une petite combinaison de ma soeur aînée. Je crois que je vais quitter Montpellier. Comme je m’y occupe d’affaires autant qu’ailleurs, malgré les supplications que j’ai faites pour qu’on me laissât en repos, autant [vaut-il] que j’aille là où je pourrai m’en occuper, sans les tiraillements de famille qui énervent plus que toute chose.
Merci de ce que vous avez dit à M. de Morny(1).
Un des plus grands sacrifices que je puisse faire, dans un autre ordre que celui des affaires, était de ne pas présider à la prise d’habit de Soeur M.- Catherine. Mais il faut savoir immoler ces brisements plus délicats du coeur, avec les brisements de ma pauvre tête, afin que, ne nous appuyant sur rien, nous nous appuyions uniquement sur Dieu. Au fait, quand je n’en pourrai plus, je prierai Notre-Seigneur de venir me prendre. Ce sera peut-être le moyen de me délivrer de mes terreurs. Un mal chasse l’autre. Je m’applique à prendre toutes ces épreuves de la manière la plus soumise et la plus sanctifiante.. Je ne réussis pas toujours. Cependant, je suis, il me semble, un peu plus maître de moi.
Adieu, ma fille. Tout à vous du fond du coeur.
E. D’ALZON
Si Mme Baragnon n’est pas partie, gardez le Monasticon augustinianum; j’en aurai plus besoin à Paris qu’à Nîmes(2).

