Ma chère fille,
La lettre dont vous a parlé le P. Laurent ne me surprend pas, elle aura même un avantage que je vous expliquerai plus tard(2). Il est très évident que je ne suis pas propriétaire de Clichy, et, supposé que je vienne à mourir, la Congrégation a là un capital indépendant de moi. Je viens de confier la partie de mes affaires, pour lesquelles j’ai besoin de l’aide de ma famille, à l’abbé Berthomieu, un saint prêtre qui a la réputation d’un saint, d’un habile homme d’affaires, et qui est l’associé de M. Soulas pour les bonnes oeuvres. Ma mère, après me l’avoir proposé, commence à ne plus en vouloir, mais c’est égal.
Mon médecin me trouve mieux. Je ne suis pas de son avis; au moins mes nerfs me font horriblement souffrir. Cependant, il me semble que je veux avec bien de l’abandon tout ce que Dieu veut, et comme j’invoque beaucoup ces jours-ci les âmes du purgatoire, je dis sans cesse comme elles: « Je l’ai bien mérité ». Comme plus je l’accepte, plus j’y trouve de profit, je l’accepte de tout mon coeur.
Adieu, ma fille. Je viens de bien prier pour vos novices. Mes projets pour venir sont un peu incertains. Si je puis prendre de très bonne heure une saison d’eaux, à présent que la prise d’habit est faite, peut-être attendrai-je un peu; sinon, j’irai finir le carême à Paris. Vous seriez bien aimable de m’envoyer le mandement de l’archevêque sur la liturgie romaine, dès qu’il aura paru(3).

