Ma chère fille, Je vais répondre article par article à votre lettre.
1° Il faudrait faire observer au nonce, si vous ne l’avez pas encore vu, que l’on m’est extrêmement favorable à Rome(1).
2° M. Galtier est la médiocrité la plus caractérisée que j’aie jamais vue. Il était détesté assez généralement dans le diocèse de Perpignan, quand j’y allais de la part de Mgr Gerbet. Du reste il affectait d’avoir toutes mes doctrines. Qu’est-ce que M. Didiot? L’abbé Boudinet est absolument de la nuance Jacquemet, je le tiens de sa propre bouche(2).
3° Les lettres perdues vous étaient adressées; elles ont été mises à la poste par moi le lundi de Quasimodo, 31 mars, vers 10 h. du matin. L’enveloppe contenait une lettre signée Moreau, une autre signée Picard. Je n’avais mis que quelques mots au dedans de l’enveloppe même(3).
4° J’espère avoir avec moi le jeune de Cléry(4).
5° Voici ce que je voudrais pour le noviciat: arriver vers les premiers jours de juin, puisque le mauvais temps ne me permet pas d’aller prendre les eaux tout de suite; rester à peu près seul, juin et juillet; commencer une retraite d’un mois avec le plus grand nombre de religieux possible, du 15 août au 14 septembre; faire faire les voeux à tous les anciens et partir de là pour ouvrir le noviciat. Les nouveaux trouveraient les usages établis et les suivraient tout doucement.
6° Voici la lettre pour l’archevêque de Paris. Vous voudrez bien la lui faire remettre par l’évêque de Tripoli ou par le P. Laurent. Il paraît que son adhésion est nécessaire à notre approbation. Voyez s’il serait mieux que vous la lui remettiez vous-même. Je m’en rapporte à vous.
7° Le Fr. Marie-Joseph est de retour de Rome, je l’ai vu hier. Nous sommes très bien vus à Rome, à ce qu’il dit. Mais ni le Fr. Picard, ni le Fr. Galabert, ni lui ne pensent que l’union soit possible. Le P. Moreau me répond une lettre un peu raide et où il montre très peu d’intelligence des choses(6). Du reste, c’est un saint qui passe son temps devant le Saint-Sacrement. Nous pourrons avoir pour rien ou presque pour rien à Rome une maison, avec une église, et nous serons chez nous. L’abbé Chaillot se charge de l’affaire(7).
8° Ce que vous me dites de votre santé me peine beaucoup. Je reprends ici toute mon autorité pour vous forcer à vous soigner. J’exige que vous soyez très prudente, entendez-le bien.
9° Je voudrais bien que, pendant un an ou à peu près, je n’eusse pas à sortir du noviciat. Ce serait un excellent moyen de rompre avec mille liens de relations inutiles. Vous pourriez venir à la Thuilerie, sous prétexte de bâtiments, et tout s’arrangerait à merveille.
10° La Mère Bernard est débarrassée de son aumônier, mais je redoute une tempête pour elle, et peut-être n’aura-t-elle que ce qu’elle ou ses Soeurs auront voulu.
11° Le cardinal Gousset voudrait-il me donner une lettre pour Rome? Si cela le fatigue de la faire, je la lui enverrai toute prête. Je ne lui écris pas pour ne pas lui donner l’ennui de me répondre. Tâchez donc de savoir par lui comment me juge le ministre des Cultes?(8).
Adieu, ma fille. Tout vôtre avec le coeur le plus dévoué.
E. D’ALZON
Si vous chargez Mgr de Tripoli de ma lettre, offrez-lui aussi tous mes hommages les plus affectueux.

