Ma chère fille,
Je venais de cacheter ma lettre d’hier, quand je reçus à Montpellier celle que vous m’écriviez par Mme Bolze. J’ai déjà répondu à ce que vous me demandez sur mon arrivée à Nîmes. J’y serai du 15 au 20 juin, au plus tard. Je ne dois rester qu’une vingtaine de jours à Lamalou.
L’évêque est, en effet, très gravement attaqué dans sa santé, mais j’aime mieux que cela ne vienne pas au public par moi. Mon mal n’est pas le même que celui de M. Varin(1). Du reste s’il est comme je le vis, il y a un an, je suis tout autrement. Ma tête est un baromètre qui se tend ou se relâche selon le temps, et, au moment des variations, je ne vaux pas grand-chose. Mais il me semble que je puis, sauf certains moments de fatigue, soutenir certaines discussions, plus peut-être que ne le veut mon médecin, lequel prétend que plus je me reposerai à présent, plus j’aurai de force pour plus tard. D’autre part, l’abbé Berthomieu, qui a eu quelque chose de mon mal et des vertiges beaucoup plus forts, m’engage à prendre du repos quelque temps encore. Tout le monde me félicite sur ma bonne mine. Il est sûr que je vais bien sous certains rapports. Chose étonnante, je soutiendrais en plein air plusieurs heures de conversation, et dans un salon, au bout d’une heure, j’éprouve de la fatigue. Du reste, entre ce que vous m’avez vu et ce que je suis, il n’y a pas de comparaison(2).
Je dirai samedi la messe pour Soeur M.-Antoinette(3). Veuillez faire mes compliments à M. Gabriel. Mme Bolze est très ébranlée, mais toujours absurde. Arrangez-vous pour enlever son consentement et prendre Louise, qui est très bien(4). Amélie Conte s’est très bien posée à Nîmes par raport à vous; sa mère n’a pas le sens commun(5). Veuillez dire à Mme Varin que j’attends sa lettre avec empressement(6). Je vais dire la messe. Mes enfants font aujourd’hui leur première communion; je n’ai pas voulu y aller par prudence.
Adieu, ma fille. Je prie beaucoup pour vous et vous souhaite cet amour de Dieu, dont vous vous trouvez si dépourvue

