Vous voilà donc prêtre, mon cher enfant. Je ne puis vous dire combien j’en suis heureux et combien j’ai une bonne espérance pour votre avenir sacerdotal. Vous savez que, quand Notre-Seigneur confia l’Eglise à saint Pierre, il lui fit cette seule question: Diligis me plus his(1). L’essentiel, c’est que vous aimiez beaucoup Notre-Seigneur et tout ce qu’il a aimé, c’est-à-dire la Sainte Vierge et l’Eglise(2). Aimez Notre-Seigneur de toute votre âme, et que chaque messe que vous direz marque un nouveau degré d’amour dans votre coeur. C’est du prêtre qu’il est dit surtout: Ascensiones in Corde suo disposuit(3). C’est en face de Notre-Seigneur que vous devez assouplir les aspérités de votre caractère; c’est sous ses yeux que vous devez faire toutes vos actions; c’est à lui que vous devez demander sans cesse conseil. Vos études doivent même prendre un caractère tout nouveau par le sentiment de foi avec lequel vous devez chercher la lumière surnaturelle dans toute matière de la science humaine.
Je vous ordonne de vous soigner beaucoup. Si Dieu veut que vous restiez quelque temps en Italie, il ne faut pas trop compromettre votre santé. Engagez aussi [le] Fr. Ernest et [le] Fr. Galabert à se soigner. Ce dernier en a trop fait.
Je ne pense pas que nous fassions rien avec le P. Moreau. C’est pour cela que je crois utile de songer à quitter Sainte-Brigitte, mais tout doucement. Il est inutile de présenter la supplique au Pape, puisque ce n’est pas l’avis de M. Chaillot. Dites à ce dernier que M. Rupert a été arrêté dans la traduction du manuscrit Vincenzi par la mort de son frère, mais que j’ai fait demander des nouvelles de cette traduction. Je les attends au premier jour(4).
Vous avez oublié la commission sur M. de Puységur. Je ne puis rien dire pour le local dont parle M. Chaillot. Il faut être très modestes et très humbles(6). Ma santé semble s’améliorer. Cependant, il ne faut pas trop crier merveille.
Adieu, mon cher enfant. Je vous embrasse tous les trois du fond du coeur.

