Ma chère fille,
Voici une lettre de Mme de Gastebois que je reçois à l’instant. Je présume que vous avez heureusement terminé votre voyage. J’avais bien bonne envie d’aller vous dire un petit bonjour, à votre passage à Montagnac, mais c’était l’heure de notre dîner et je ne pus exécuter mon des- sein. En arrivant ici, je trouvais mon père très gravement malade. Le médecin était fort inquiet. Heureusement qu’au bout de quelques jours le danger a disparu, et il est en pleine convalescence. Mais c’est la convalescence qu’on peut avoir à 81 ans.
J’ai moi-même payé tribut à l’été, et l’indisposition qui hâta mon départ ne cède que lentement. Si je ne vous ai pas écrit plus tôt, c’est que je n’étais pas très vaillant. Figurez-vous que j’ai reçu de Nîmes deux lettres seulement; pas une ne me dit un mot de Juliette. J’espère que c’est bon signe; cependant l’état où je la laissai m’inquiète bien.
Vos compagnes de Paris sont-elles arrivées? Mme d’Alauzier est-elle logée près de vous? Rappelez-moi à leur souvenir et à celui de cette fille que je vous ai donnée et qui, j’espère, est toujours un peu mienne.(1) Je bénis Dieu de votre voyage à Nîmes. J’espère qu’il vous aura fait du bien.(2) Si pendant l’hiver prochain nous pouvons nous voir quelquefois, vous verrez aussi que nous forcerons Notre-Seigneur à nous sanctifier.
Adieu, ma chère fille. Tout à vous et à votre petite communauté de baigneuses.

