Ma chère fille,
Très probablement lundi au plus tard,(1) je quitterai Lavagnac; j’irai passer quelques heures à Nîmes, et, de demain ou après-demain en huit, je serai à Paris. On me parle de quelques désordres qui ont eu lieu à Clichy et que je veux aller vérifier par moi-même; ce sont les enfants qui se conduiraient mal. Enfin, il est bon de juger par mes propres observations.(2)
Merci de votre idée pour Alix.(3) Je crois la famille de S[égur] dans une nuance d’opinions trop tranchées pour les miens, quoique, pour ce qui me regarde, j’eusse été très content d’un pareil projet. Je connais M. Edgar de S[égur] et je le crois capable de se poser parfaitement partout où il sera. Vous avez parfaitement fait d’aller voir Mgr de Montpellier,(4) et je suis ravi de l’accueil qu’il vous a fait.
Nos Romains sont arrivés dimanche soirs J’attends le Fr. Galabert, qui est venu embrasser ses parents, à quelques heures de Lavagnac, et qui me dira ce que le Saint-Père leur a dit. Ils ont retenu décidément un appartement pour l’an prochain.
Le Pape ne leur a rien dit de remarquable, sinon qu’il leur a parlé avec une grande bienveillance et leur a rappelé qu’il m’avait reçu, il y a un an, à Castel-Gandolfo. Mais, d’après la conversation que je viens d’avoir avec le Fr. Galabert, nos jeunes gens sont très bien posés à Rome et j’espère qu’ils continueront à se bien établir, à présent qu’ils auront un logement à eux. Je suis content du quartier qu’ils ont pris, et, Dieu aidant, ce petit établissement marchera. Je dois dire pour votre gouverne que, dans la conviction du supérieur du Séminaire français à Rome, M. Barre est aux trois- quarts assomptioniste. Il a dit (M. Barre) à nos religieux de Rome qu’il viendrait passer quinze jours à l’Assomption de Nîmes. Dites-lui que j’y serai probablement du 10 août au 10 septembre.(6)
Je voudrais vous parler un peu de Notre-Seigneur, et quoique, tous ces jours- ci, j’aie été assez recueilli, je me trouve d’une sécheresse horrible. Ce séjour à la campagne m’a pourtant fait du bien. Je m’attache toujours un peu plus à notre pauvre petite oeuvre. J’espère qu’elle fera du bien un jour, quand nous nous serons bien dépouillés de nous-mêmes pour n’être que de simples instruments entre les mains du père de famille. Les sentiments de dévotion que vous éprouvez me réjouissent, elles [sic] fondent votre sécheresse et votre dureté prétendue. Enfin, Dieu vous force à être un peu plus sienne. N’abusez pas de ses étonnantes sollicitations.
Je pense à la communauté d’infirmes(7) et je prie bien pour elle. Adieu, ma chère fille. Tout vôtre en Notre-Seigneur.
E. D’ALZON.
Avez-vous reçu ma première lettre? Votre frère m’a écrit pour se plaindre de ne vous avoir pas vue.(8)

