Mon cher ami,
Je vous prie d’ajourner à lundi l’affaire des changements de personnel. Veuillez dire à Bensa que, devant être à Paris sous peu, j’ai préféré y voir Mgr de Salinis, qui s’y trouvera probablement encore. Une affaire comme la sienne se traite de vive voix mieux que par lettre.(2)
Il n’est pas exact de dire que je vous aime encore. La vérité est que je vous aime bien plus pour mille motifs, parmi lesquels j’en mets en tête deux fort tristes: d’abord vous souffrez; ensuite, les rangs de l’ancienne Assomption s’éclaircissent si fort que les arbres restés debout dans cette pépinière si pleine d’espérance peuvent mieux mêler leurs branches. Ce n’est pas ma faute, si la maladie me force à me transplanter; je retrouve toujours mon ancien creux avec bonheur et tout ce qui y a poussé, grandi à côté de moi.
Mon pauvre ami, nous devenons vieux. Si l’autre partie du genre humain a le privilège exclusif d’aimer avec son coeur, je crois que les fils d’Adam ont le droit d’aimer avec leur âme; et ainsi fais-je de toute la mienne pour vous(3).
E. D’ALZON.
Je vais mieux. Mes hommages pro pulchriore parte tui.(4)

