Vous recevrez, en même temps que cette lettre, quelques lignes que j’ai dictées hier au soir à l’abbé de Cabrières. Comme vous le verrez, puisqu’il est en ce moment sur la route de Paris, veuillez examiner sans faire semblant de rien:
1° La cause de sa tristesse. Soeur M.-Walb[urge] m’a dit, ce matin, qu’il était triste.(2) Quoique je commence à peu compter sur le jugement de Soeur M.-Walb[urge] et que l’abbé de C[abrières] ait un redoublement extérieur d’affection pour moi, je ne sais que penser.
2° J’ai parlé dans ma lettre de Mme Revoil, mais Mme Sabran est sur la même ligne, sauf que Mme Revoil a le sentiment chrétien qu’elle combat, et que Mme Sabran me semble avoir une certaine incapacité de l’acquérir et qu’elle a fort peu de moyens. Il y a pour moi temps perdu, de la part de l’abbé de C[abrières], en toutes ses conversations avec elle, parce qu’il n’y aura pas de résultat et que ce cher enfant commence à se donner du ridicule.
J’entre aussi bien que je puis dans vos idées pour Soeur M.-Aug[ustine]. Je crois pouvoir vous répéter que Soeur M.-Walb[urge] me fait toujours l’effet de vous être entièrement soumise de coeur. Ne parlons plus de la petite Soeur M.-Elisabeth; il est très heureux qu’elle soit à Paris. Faites comprendre à Mme Baragnon qu’arrivée au port, je n’ai plus à lui écrire beaucoup et que, pour le moment, je suis un peu fatigué.
Puisque vous me parlez de votre manière d’exprimer votre amitié, sachez que je l’aime mille fois mieux que celle de ce bon abbé de Cab[rières], qui me fait un mal affreux par ses redoublements de tendresse. Il me semble que même mes défauts doivent vous aller mieux, car s’ils se montrent, il me semble que cela vient d’une plénitude de confiance qui ne craint pas de montrer même les rugosités de l’âme. Il n’y a pas que Dieu qui me soit bon. Vous aussi, ma fille, vous êtes pour moi la créature la meilleure pour me faire du bien. Croyez que je le sens. Au fond, je crois que je me vante, quand je dis que je souffre. Il me semble bien que je suis prêt à souffrir encore plus, pour donner le moindre degré d’amour de plus à Notre-Seigneur. Mais qu’y a-t-il de vrai dans ces imaginations? Je m’applique à croire et à agir selon la foi. Dieu jugera mon coeur, que je lui ouvrirais à deux battants, s’il avait besoin de ma permission pour y entrer.
Je voudrais bien une petite chapelle, si cela devait nous être utile. Je presse la levée du plan par terre de votre terrain, parce qu’il faudra faire bientôt planter. Adieu et tout vôtre.
Vendredi matin.

