Touveneraud, LETTRES, Tome 2, p.166

17 dec 1856 [Paris, COMBIE_JULIETTE

Plaisir et peine que lui a causés sa lettre. -Elle n’est pas si mauvaise que sa lettre le laisse croire, et Mlle de Régis est meilleure qu’elle ne le dit. -Il compte qu’elle sera à sa disposition pour faire ce qu’il lui demandera

Informations générales
  • T2-166
  • 761
  • Touveneraud, LETTRES, Tome 2, p.166
  • Orig.ms. ACR, AM 154; D'A., T.D. 37, n. 44, pp. 125-126.
Informations détaillées
  • 1 APOSTOLAT DE LA CHARITE
    1 BONHEUR
    1 HABILLEMENT DU RELIGIEUX
    1 IMPRESSION
    1 PETITES PROTESTANTES
    1 RECONNAISSANCE
    2 REGIS, EULALIE DE
  • A MADEMOISELLE JULIETTE COMBIE
  • COMBIE_JULIETTE
  • le] 17 déc[embre 18]56.
  • 17 dec 1856
  • [Paris,
La lettre

Ma chère enfant,

Votre lettre m’a fait plaisir et peine: plaisir, parce que je veux que vous me disiez toutes vos impressions, même les mauvaises; peine, parce qu’en effet vous n’en aviez pas de bonnes en m’écrivant. Rappelez-vous donc qu’au moment où vous étiez le plus malade, votre famille m’a écrit à plusieurs reprises pour me déclarer qu’elle ne voulait plus que vous vous occupiez des petites protestantes. Il m’a fallu faire une diplomatie incroyable pour vous les conserver, et si vous les avez encore, c’est grâce à la manière dont j’ai mis en avant Soeur M.-Eulalie auprès des vôtres(1). Or pour arriver à ce but, il m’a fallu lui parler à elle, et toujours je l’ai trouvée très bonne pour vous. Que, maintenant, son caractère la pousse un peu plus qu’il ne faudrait, ce n’est pas ce que je veux examiner. Je dis seulement qu’elle s’en aperçoit si peu que, dans sa dernière lettre, en me contant ses sottises, comme elle les appelle, elle me parle de vous avec la plus grande reconnaissance du bien que vous lui avez fait. Ceci prouve que, peut-être sans doute, vous n’êtes pas si mauvaise que votre lettre le laisserait croire, et que Soeur M.-Eulalie est meilleure que vous le dites.

Après cela, je m’étonne de vos ennuis, et voici pourquoi. Si vous devez, un peu plus tôt, un peu plus tard, être un peu et même toute aux oeuvres que le bon Dieu voudra me faire faire, ne faudra-t-il pas que vous ayez une certaine liberté d’action? Il est bien vrai que, lorsque je vous tiens ce langage, vous ne me répondez pas catégoriquement. Mais je vous préviens que je vous tiens toujours en réserve, pour faire de vous ce que je jugerai à propos, quand je croirai le moment venu. Voilà comment j’entends les choses, et, tant que vous ne m’aurez pas donné votre démission en forme, je veux que vous vous teniez ainsi prête à vous occuper, en ce moment, des petites protestantes, parce que je vous les confie; à vous occuper demain de l’oeuvre de Saint-Fr[ançois] de Sales, si c’est nécessaire; après-demain, de la lingerie de mon noviciat, si j’ai besoin de vous pour raccommoder nos bas et nos chemises. Si j’ai trop compté sur vous dites-le moi; mais jusqu’à preuve du contraire j’y compte de la manière la plus absolue, dans toute la rigueur du mot, de façon que ce ne soit pas telle ou telle chose qui vous attire, telle ou telle oeuvre qui vous préoccupe, mais la pensée de m’être un bâton de vieillesse, un bon appui, comme un coeur ami peut l’offrir. Je vous ai offert cette position, il y a quelque temps déjà. En avez-vous peur, ou voulez-vous en accepter toutes les conséquences? Elles seront dures, amères quelquefois. Si votre énergie morale peut les porter, elles auront aussi leur dédommagement. Soyez abandonnée à Notre-Seigneur, il ne vous laissera pas trébucher.

Adieu. Votre père.

E. D’ALZON.

Je reçois à l’instant votre seconde lettre; elle m’explique certaines choses que je ne comprenais pas bien. Ma pauvre enfant, je voudrais être près de vous pour vous rendre du courage. Je tâcherai de vous écrire bientôt.

Pour ma fille Thérèse-Juliette.

E.D'ALZON
Notes et post-scriptum
1. Eulalie de Régis, sous son nom de tertiaire.