Mon cher enfant,(1)
Permettez-moi de vous faire observer que votre dissertation sur la messe de minuit est fort belle, mais je savais tout cela et ce n’est pas ce que je vous demandais. Je vous prie tout bonnement de demander la permission pour nos collèges, noviciats, etc., et pour tous les couvents des Soeurs de l’Assomption, de donner la communion à la messe de minuit. Si vous croyez ne pas l’obtenir, dites-le moi; le nonce la demandera et l’obtiendra.(2) C’est [le] Frère Cusse que je charge de préparer les cérémonies pour Clichy, vous pouvez vous entendre avec lui.(3)
L’abbé Laprie n’est pas encore parti.(4) Traitez-le avec politesse, mais pas trop de confiance. M. Buquet a refusé d’être évêque.(5) On dit que M. de Borie refuse. Il y a une intrigue pour renverser M. Rouland, le ministre actuel des Cultes, et mettre à la place M. Vaïsse, procurer général à la Cour impériale de Paris. Voilà mes nouvelles, je n’en sais pas d’autres.
L’évêque de Nîmes m’a assuré que la lettre en question n’avait pas quitté Nîmes et était restée entre les mains du supérieur du grand séminaire, et que, de plus, on n’avait pas écrit dans le sens dont M. Barre m’avait parlé. La personne inculpée a fait des suppositions et a rencontré juste. Voilà tout ce que je puis conclure de mes renseignements. Du reste, j’ai vu une excellente lettre du Père de Villefort sur la même personne, où il est dit qu’on s’était trompé sur son compte.(6)
Passons à ce qui vous concerne. La base de votre vie doit être l’humilité, la prière et l’amour de Notre-Seigneur; mais, permettez-moi de vous le dire, je tiens beaucoup à ce que vous preniez pour mortification d’être propre et moins distrait.(7) L’attention que vous ferez à observer cet ordre, vous tenant plus habituellement dans l’obéissance, vous ramènera davantage à la présence de Dieu, et je crains qu’un jour le moyen de faire beaucoup de bien ne vous soit ôté, si vous n’avez pas une meilleure tenue.
Faites votre oraison sur le Pater et l’Ave; c’est excellent, mais ne fatiguez pas trop votre intelligence à penser. Aimez doucement, aimez beaucoup et soyez tranquille.
Adieu, mon cher enfant. Tout à vous en Notre-Seigneur.
E. D’ALZON.
Mille choses à MM. Chaillot et de Vaulchier. Dites à ce dernier que j’ai vu, hier soir, le card[inal] Gousset, qui est sous le poids d’une terreur profonde.(8)
Ayez la bonté de demander l’autorisation de recevoir du scapulaire de l’Immaculée-Conception pour M. Hurel, curé de Saint-Léonard, à Alençon, diocèse de Séez, [pour] M. Mercier, curé de Saint-Louis à Brest, et pour moi.

